ARNAUD DE WOLF
23/11/16 - 15/01/17


Fermeture du 24. 12. 16 au 3. 01. 17 inclus

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Arnaud De Wolf, série "Heim", inkjet print, 2014, 60 x 40 cm

Anachroniques vanités

Arnaud De Wolf est un anachronique moderne, ou un moderniste anachronique. Ou peut-être d’emblée faudrait-il préciser, et parler d’uchronie plutôt que d’anachronisme? ... L’anachronisme est un faux raccord dans la temporalité, un accroc dans le tissu du temps, un couac. Or, tout comme l’utopie
(«le lieu qui n’est nulle part») ne s’incarne dans la réalité d’aucune représentation, l’uchronie — illusoire fusion et réconciliation des temps — ne peut se concevoir que comme une vue de l’esprit,
et ne saurait s’éprouver durablement.

D’emblée chez De Wolf on touche au vertige, et à un inépuisable paradoxe qui ne s’appuie, pourtant, que sur le concret des formes visuelles et de leur histoire récente. Et moderniste car ses références semblent, a priori, très datées et, oui, presque anachroniques: de Weimar aux traumatismes du XXe siècle, des Becher à leurs antécédents systématiques dans la photographie, et son goût même pour
les structures architecturales plutôt que pour la fluidité impalpable des images actuelles, dont la valeur virtuelle a remplacé la valeur marchande (qui avait elle-même déjà, depuis longtemps, remplacé la valeur d’empreinte). Plus encore que d’identifier un lieu, difficile — et illusoire — d’attribuer une date aux photos d’Arnaud De Wolf.

Leur mise en œuvre est pourtant, elle, très contemporaine; «post-moderne» même, en un sens. C’est ce qui lui permet ce mélange de fascination immédiate et de distance critique, cette incarnation souple du paradoxe temporel au sein d’images en apparence très simples, raffinées mais élémentaires, inépuisables mais évidentes. Cet aller-retour, cette lucidité extrême, permettent à Arnaud De Wolf d’envisager l’image à contre-courant de la tendance dominante à l’hyperlisibilité: comme une question, et non comme une réponse. Comme une énigme, et même une énigme à peu d’inconnues: un petit nombre d’images (le plus souvent entre une et trois, dans ses séries; rarement plus, et moins de quinze dans le cas de Heim) suffisent à nourrir un inlassable questionnement, une mise en doute des repères. (…)

Chez lui, une forme en appelle ou en évoque toujours une autre. Un constat ne vaut jamais pour lui-même, mais doit être pris à la manière d’une métaphore. Car tout — et singulièrement les éléments: pierre, glace, neige, poussière — nous renvoie à la spirale du temps, à cette fixité obsédante de la mouche prise dans l’ambre, chez les Egyptiens, ce «complexe de la momie» dont André Bazin, parmi les premiers, a fait le principe fondateur de la photographie. Quel élément, d’ailleurs, préserve mieux des ravages du temps que la glace — soulignant aussi l’éphémère dérisoire des ambitions humaines et de leurs constructions, de leurs élaborations.

Le regard bute sur le détail incalculable des murs de pierre frontaux — tout comme Talbot comptait les aiguilles dans les bottes de foin. De Wolf photographie des fossiles, ou des agencements plus ou moins éphémères — tout comme le faisaient Bayard ou Daguerre. Comme les premiers savants s’emparant de la photographie, il rapproche l’infiniment petit de l’infiniment grand, le très loin du très proche, l’éternel et le transitoire. Un visage est aussi un paysage — ou plus exactement, ne vaut comme visage qu’alternant avec un paysage. Une forme concrète (un pan de pierre ocre, petit ou grand?) semble jaillir du néant, qui n’est pourtant qu’un amas de neige trop claire. Mais les fenêtres étroites de l’architecture standardisée, déshumanisée, renvoient, dans une trajectoire inverse, les présences qui les peuplent vers le même néant.

Nous vivons dans un drôle de monde, et rares sont les photographes qui, comme nous le disions, savent s’abstenir d’en simplifier les formes complexes, mais qui au contraire nous invitent à la complexité des formes simples. En ce sens, Heim porte bien ses racines, historiques, germaniques,
et nous parle bel et bien, avec une évidence d’un blanc trop éclatant pour qu’elle soit perçue tout de suite, d’une quête, d’un secret, d’un mystère, mêlant la question des fins et celle des origines. Et nous renvoie à l’hypothèse que notre seul foyer, c’est peut-être le cosmos : car derrière l’idée de vacance se niche toujours, dans toutes les langues, au fond de nous ou quelque part dans l’image, la peur du vide.

Emmanuel d’Autreppe

Arnaud De Wolf est le lauréat des «Propositions d’artistes 2015», appel à projets organisé par Contretype.



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Arnaud De Wolf, "Heim"
Edité à compte d’auteur, 2016
Texte en anglais de Steven Humblet
Format: 29,7 x 21,5 cm
Couverture souple en lin – 28 pages
ISBN 9789082493108 – Prix de vente: 27 €
Edition limitée à 175 exemplaires










Arnaud DE WOLF est né à Ronse, Belgique, en 1981.
Il vit et travaille à Bruxelles.

Formation:

2006–2007: Preventive conservation of contemporary art, Royal Academy of Fine Arts Ghent – Ghent University – S.M.A.K.

2004: Mediengestaltung, Bauhaus Universität Weimar

2002–2006: MFA photography, Sint-Lukas Brussels University College of Art and Design

Expositions personnelles:

2016
Contretype, Bruxelles, BE

kunstINgang #5: Arnaud De Wolf in colour, CCMerksem, Anvers, BE

Heim, 44 Gallery, Bruges, BE

2014 
stART Fotorama window project, Wevelgem, BE

Expositions de groupe (sélection):

2016  
A part ça les vacances, Huy, BE

Intimacy under the Milky Way, PAK, Gistel, BE

Seoul Foundation for Arts and Culture, Art Space Geumcheon, Seoul, Corée du sud

2015  
The common denominator, Hole Of The Fox, Anvers, BE

2014
Treasures, Gand, BE

BORG biennial, Anvers, BE

Kiitos, moi moi, Arteles, Hämeenkyrö, Finlande

2012  
Fold, CIAP, Hasselt, BE

Dumbo Arts Festival, Powerhouse Arena, Brooklyn, NY, USA

New York Photo Festival Invitational, Powerhouse Arena, Brooklyn, NY, USA

Ithaka XX, Kartuizerij, Louvain, BE

2011
Vierkante tuinen, Royal Academy of Fine Arts, Anvers, BE

Input/output, De Bond, Bruges, BE

2009
Bastart, PCT Dommelhof, Neerpelt, BE

2008
Bastart, Villa Basta, Houthalen-Helchteren, BE

2007
Walter Gropius revisited, Weimar, Allemagne

2007
Philosophy of Photography, Pictures as Ideas, Molens Van Orshoven, Louvain, BE

2006–2007
Stellige Stilte, divers endroit, Belgique

2006  
index, Blvd Jacqumain, Bruxelles, BE

Résidences:

2016
Seoul Foundation for Arts and Culture, Art Space Geumcheon, Seoul, Corée du sud

2015
Frans Masereel Centrum, Kasterlee, BE

2014  
Arteles, Haukijärvi, Finlande

2013
WARP artist village, Genk, BE

Publications:

2016  
Arnaud De Wolf, Heim. Bruxelles: édition à compte d'auteur

2014  
NYPH Journal. Brooklyn: Powerhouse Books

2011
Input/output, catalogue d'exposition

2008  
Bastart, catalogue d'exposition

2007  
Henri Van Lier, Philosophy of Photography. Leuven University Press

2006  
Hilde Van Gelder (red.), Stellige Stilte. Oostkamp: Stichting Kunstboek

Récompenses et bourses:

2016
Communauté flamande, bourse

2015
Propositions d'artistes, Contretype, lauréat

2012
New York Photo Awards, finaliste

Site Web: www.arnauddewolf.com