I Angel MARCOS (Espagne, 1999) I

BIOGRAPHIE

Né à Médina del Campo (Valladolid) en 1955, Angel Marcos expose fréquemment ses travaux et participe à des colloques sur la photographie. Il est par ailleurs coordinateur de “Talleres en Imago”, les rencontres de la photographie et de la vidéo de Salamanque. Il est également le créateur et le coordinateur de l’Atelier de l’Image, un studio consacré au développement, à la recherche et la promotion de la photographie, de la vidéo et de la publicité.

Les expositions les plus récentes auxquelles il a participé sont les suivantes: la Foire d’art contemporain ARCO 97, ARCO 98 et ARCO 99 à Madrid, la Biennale de photographie de Turin, la Galerie Spectrum à Saragosse en 1999, l’Espace Photographique Contretype à Bruxelles en 1998, le Palais Abrantes, Université de Salamanque, la Biennale de photographie de Santa Cruz de Tenerife, le Musée provincial à Salamanca, le Musée provincial de Burgos en 1997.

Le concept de base de ce projet est la relation homme-femme en général et plus particulièrement les tensions et l’éloignement que génère cette relation.
Je veux démontrer que cette relation est la cause d’ insatisfactions et en même temps conséquence du contexte socio-culturel complexe ambiant, chaque sexe étant à la recherche de son identité indépendamment de l’autre.
D’autre part, le besoin de l’être humain de fuir la solitude génère une dépendance vis-à-vis de l’autre; cette adaptation à l’autre produit des réactions parfois intolérantes menant à un excès d’agressivité au cours de la relation.
La séparation affective des sexes génère des rituels de rapprochement et de rejet, masquant une réalité: la satisfaction du désir se réalise bien à travers la complémentarité des sexes.

Mon idée n’est pas de faire une étude psychologique ou antropologique sur la relation entre sexes, mais d’apporter quelques éclaircissements sur ces idées avancées au début, à savoir qu’elles sont presque toujours inspirées de perceptions émotives, et fonctionnent en référence constante sur la pratique d’un projet artistique.

Je pourrais parler d’une création automatique postérieure où ces suggestions énoncées plus haut qui se rappellent continuellement à nous.
Il ne s’agit pas d’une lecture linéaire sur l’idée d’isolement déjà évoquée,
mais bien d’idées présentes dans la réalité.

Dans la réalisation de mes oeuvres, je reprends ces idées pour les transposer sur un support photographique pour leur donner une forme communicative avec le spectateur.

Je ne veux pas essayer de donner des solutions ni ne prétends avoir raison, je cherche seulement un prétexte pour pénétrer dans le monde complexe des relations humaines.


Ces relations homme-femme, je veux les présenter en trois espaces physiques et socio-culturels: le foyer, les loisirs et l’espace urbain.

Le foyer comme la délimitation spaciale de la relation, où se déroule la relation bien établie ou l’absence de celle-ci

Les loisirs comme l’évasion, l’espace où se fait la connaissance de l’autre et où se révèlent souvent les états de solitude et de désir d’engager des relations.

L’espace urbain comme l’espace où se concentrent toutes les activités anonymes des habitants, subjectives ou objectives

Lieux de réalisation:
- le foyer: la maison d’un ami,
- les loisirs: la galerie Contretype,
- l’espace urbain: les rues de Bruxelles.

Oeuvres:
- photographies scéniques, présentant des acteurs non professionnels à recruter parmi les amis ou connaissances. 12 œuvres de grand format imprimées digitalement sur toile pour faciliter le transport.


Échange de propos a été réalisé par Jean-Louis Godefroid à l’occasion de l’exposition d’Angel Marcos à l’Espace Photographique Contretype, présentée du 19 mars au 3 mai 1998. Cette exposition a bénéficié du soutien du Centro de Fotografia - Universidad de Salamanca.


Les lieux de prises de vues des photographies ont-ils une signification particulière? Qu’est ce qui vous a inspiré ce choix?

Les endroits où ont été réalisées les photographies de la série “Paisajes” se situent dans un rayon de 30 kilomètres autour de Medina del Campo, un village situé dans la province de Valladolid, au cœur de la Castille. C’est dans cet environnement que j’ai passé mon enfance, et j’ai continué à parcourir ces lieux de manière habituelle durant toute ma vie. Cet espace géographique est donc un lieu d’évasion propice à la méditation et à la réflexion, mais également la référence affective de mon enfance et de la relation avec mon père.

Vos photographies de paysages sont-elles réalistes ou pratiquez-vous des mises en scène ?

La réalisation des photographies de la série “Paisajes” a été élaborée sur base de deux critères. D’abord une composition très méticuleuse de la prise de vue en prenant le paysage comme base au contenu. C’est l’aboutissement d’expériences et de sensations personnelles suscitées par la réflexion sur la pauvreté, la fragilité des choses, la mort et les normes de vie qu’elle engendre. Ensuite dans cette recherche systématique de scènes réalistes, je peux enlever ou ajouter des objets.

Les objets qui apparaissent dans vos photographies et les associations d’images ont-ils un rapport symbolique avec la culture de votre région?

Les objets qui apparaissent dans les photographies ont fondamentalement à voir avec mon expérience de vie; je les utilise également pour le pouvoir de persuasion intense qu’ils contiennent et leur faculté à toucher les sentiments du spectateur. Je crois que ce sont des objets et des actions facilement reconnaissables et acceptés visuellement de manière universelle.

Les photographies sont présentées dans des caisses en bois, à la fois déposées sur le sol ou accrochées au mur. Cela nous rapproche de la sculpture et de l’installation. Quel sens donnez-vous à cette façon de présenter les images?

La présentation des photographies dans des boîtes affirme l’idée de photographie-objet. De plus, “Paisajes” est conçu comme un voyage à travers les régions géographiques de mon enfance, comme un voyage intérieur me référant à l’objet artistique. Envisagées de la sorte, les caisses sont des valises ou des étuis qui peuvent être ouverts ou fermés, impliquant également une action volontaire en faveur du souvenir.

Pouvez-vous raconter l’histoire de la photographie où apparaît un chien (un “galgo”) pendu ?

En Castille et dans d’autres régions d’Espagne, le galgo est un chien de chasse au lièvre ou de course de vitesse. Dans la chasse au lièvre, il y a des championnats qui ont beaucoup de succès actuellement. Parfois, quand le galgo est trop vieux, qu’il n’a pas couru de manière satisfaisante, qu’il se casse une patte ou quand dans les courses de championnat il prend un raccourci et ne suit pas le lièvre, ce qui est un signe d’intelligence, il est pendu. C’est une pratique qui tend à disparaître lentement. Pour prendre cette photographie, j’ai cherché des chiens pendus pendant le mois de décembre, car je savais que c’était une période de chasse. J’ai travaillé avec des associations de protection animale. J’ai repéré un galgo qui gisait mort au pied du pin auquel il avait été pendu. Je l’ai pendu à nouveau parce que la lumière et le cadre du paysage m’intéressaient. À côté de l’aspect brutal de la scène, cette photographie est une réflexion sur l’utilité: un tel animal qui vit avec vous chaque jour, avec qui vous avez chassé et pris du plaisir, quand il ne vous sert plus, ou ne répond plus à vos exigences, on le tue.

Angel MARCOS