| I Bernard PLOSSU (France, 1998) I BIOGRAPHIE Né à Dalat (Sud Vietnam) en 1945. Dès 1978, il se voit consacrer une exposition dont le commissaire est Jean-Louis Godefroid à lEspace Éphémère (ISELP) à Bruxelles. Alain Sayag organise une rétrospective au Centre Georges Pompidou en 1988. La même année, il reçoit le Grand Prix National de la Photographie en France et une bourse de la Villa Medicis pour effectuer un périple en Inde, en Turquie et au Mali. Il réalise pour le Centre Régional de la Photographie Nord-Pas-de-Calais deux missions photographiques dans le cadre des Missions Transmanche. Il participe à la mission organisée par Pool Andries pour Antwerpen 93. Exposition Le Voyage Mexicain à la galerie Sephiha à Bruxelles. En 1997, il participe à lexposition Carnets de route à lEspace Photographique Contretype, et lIVAM de Valencia (Espagne) organise une rétrospective. En 1996, lexposition Nuage-Soleil est présentée à lEspace Photographique Contretype. En 1998, exposition à la Maison Européenne de la Photographie dans le cadre du Mois de la Photo à Paris. En 1999, Résidence dartiste à lEspace Photographique Contretype à Bruxelles. INTRO: Août 1997, gare du Midi. Bernard Plossu débarque du train de nuit en provenance de Marseille. Nous nous fondons dans la foule qui se presse sur le champ de foire, face à la gare. Sans attendre, nous prenons la direction de la grande roue ; la soirée se terminera faute de pellicule, les quinze films que javais emportés étaient déjà marqués dun X signifiant " exposé ". Voilà commencée la seconde phase du cycle " Résidence dartistes à Bruxelles ". Bernard Plossu reviendra quatre fois une semaine en séjour de production, au cours desquels il réalisera 2.340 prises de vue . Lorsquon parle de photographie on évoque souvent lémerveillement de lenfance et la spontanéité du regard ; dans le cas de Bernard Plossu il ne sagit pas dun lieu commun, lil pétillant est toujours disponible à " limage à faire ". Bernard Plossu sest attaché à la ville, à en saisir lambiance et à traduire en photographie lintraduisible : les bruits et les odeurs. La centaine de photographies sélectionnées ne portent pas de légende, ni dindication sur les lieux où elles ont été prises; les images ainsi libérées de leur légende sont plus universelles. La magie dans le travail de Bernard Plossu réside dans le passage de lanecdote au langage photographique. Jean-Louis Godefroid Entrevue a été réalisée par Jean-Louis Godefroid à loccasion de lexposition de Bernard Plossu à lEspace Photographique Contretype, présentée du 19 novembre 1998 au 17 janvier 1999. Cette résidence dartiste à Bruxelles a bénéficié du soutien de la Commission Communautaire Française, du Commissariat général aux Relations internationales de la Communauté française de Belgique et de lAmbassade de France en Belgique. Bernard Plossu: auteur photographe ayant comme sujet de prédilection le voyage. Jai commencé la photographie au début des années 60 en même temps que le cinéma 8 mm, et la photo éditoriale en 1967. Pendant les premières années, je nai jamais pensé quil y aurait un jour la moindre exposition de ces images. À cette époque, les photographes vendaient leurs photos pour la presse, la pub, la mode et le voyage. Je faisais beaucoup de photographies en couleur qui étaient publiées par des compagnies de voyage. Puis, un jour, jen ai eu marre et je me suis lancé dans le noir et blanc: je voulais montrer le monde tel quil était, mais javais aussi besoin de faire des images pour moi. Cest en 1977 que le coup de poker sest joué: je suis parti vivre aux États-Unis et là, jen ai fait un métier. Jai beaucoup exposé et publié sur la province du Nouveau-Mexique; cétait lépoque où commençait la diffusion de la photographie artistique. Tout ce que javais réalisé avant dans le désert africain a été publié et exposé aux U.S.A. à cette période-là. Au regard de ta production, il apparaît un changement radical à la fin des années 80 concernant les lieux où tu photographies... Jai beaucoup voyagé à la fin des années 80: Turquie, Inde, Mali. Après la guerre dIrak, tout a changé, je nai plus eu envie de faire de la photo de voyage. Peut-on ramener des souvenirs de pays qui souffrent tellement? Depuis ces dernières années où les grandes puissances se considèrent comme les maîtres du monde, lorsquon se rend dans un pays du tiers-monde, les gens ont une grande méfiance vis-à-vis des blancs et on les comprend. Pendant la guerre dIrak, pays dirigé par la force, on a balancé des bombes sur ce peuple qui ny était pour rien. Puis, comme les américains avaient besoin de Saddam pour contrer lIran, ils lont laissé en place. On oublie que, si beaucoup de pays arabes sont pauvres et dépendent actuellement de nous, ils ont une culture extraordinaire et nous ont légué beaucoup de choses, dans le domaine des sciences notamment. Jai été choqué de lunanimité pour cette guerre. Cependant il fallait être contre Saddam, pas contre son peuple. Cest de la géopolitique, mais que devient la photo dans tout ça ? On ne peut plus faire de la photo exotique à une époque aussi douloureuse. Je ne renie pas avoir fait de la photo de voyage, mais je pense que la conscience géopolitique a changé entre les années 70 et 90 et quil faut appliquer cette conscience en photo. Maintenant, je me régale dans la marche. Javais découvert les montagnes en Utah, au Nevada dans le désert et quand je suis rentré en Europe, jai recommencé à me promener dans la nature, avec lenvie de découvrir les coins du Sud (les îles Éoliennes, Alméria, les Canaries et le Dodécanèse), ensuite du Nord à linitiative du Centre de la Photographie Nord Pas-de-Calais (Mission Photographique Transmanche). De fil en aiguille les commandes sont arrivées: la Bourgogne, Saint-Guilhem-le-Désert, la Réserve Géologique de Digne dans les Alpes de Haute-Provence. Jarrive à allier le gagne-pain, la marche et la photo. Fais-tu une différence entre la photo documentaire et la photo dauteur? Ce nest pas parce quune photographie est dauteur quon ne peut pas la publier pour gagner sa vie. Cela marrive souvent quon me téléphone pour me demander si jai déjà photographié tel ou tel sujet: je regarde dans mes planches-contact et, si limage existe tirée en archives, je la sors et je la vend. Je suis un vrai photographe; je publie aussi des photos dans les journaux, je ne suis pas élitiste. Jessaie de faire un travail universel. On peut être à la fois créateur et grand public. Je porte de lintérêt à toutes les disciplines photographiques. Il y a de très bons reporters comme de très bons plasticiens: il faut se révolter contre ceux qui veulent les séparer. On peut même se passer de lidée du bon et du mauvais photographe, limportant étant de créer. Quant à savoir si je suis passé photographe auteur ou artistique, il me reste le vieux réflexe de faire des photos darchives, non seulement je nen ai pas honte, mais je le revendique. Après cette résidence à Bruxelles, quel est ton sentiment sur la ville? Ah, mon Dieu! Le sentiment de Bruxelles, cest le stoemp! Jadore ça! Plus sérieusement, cest lié à la culture dont une des clés est la Bande Dessinée, ce nest pas un hasard si je me régale ici. Il y a aussi les photos de Magritte, elles me fascinent par leur liberté, leur fraîcheur; elles sont amusantes et à la fois fortes et poétiques. Jy retrouve la force de ce quil a fait de mieux en peinture. Jaimais déjà Bruxelles dans les années 60. Venant de San Francisco jétais marqué par lamérique beatnik et je venais souvent à Bruxelles, jai une longue histoire damour liée à ça. Ici, tout me plaît dans larchitecture: il y a beaucoup dArt Déco et de lArt Nouveau, comme ici à lHôtel Hannon: cest vivre comme dans un champignon, cest un peu hallucinant. Il y a un côté nord qui me plaît bien, un côté victorien. Tu peux passer des heures à regarder tous les détails. Jaime vraiment lambiance que donne larchitecture dans tous ses petits détails. Cette qualité darchitecture, on ne la trouve pas nécessairement uniquement dans les beaux quartiers, mais souvent dans des endroits inattendus. Jy retrouve cette ambiance du tableau de Magritte où lon voit une rue la nuit avec un ciel de jour. La ville est un endroit dexcès: dans certaines rues, tu peux y trouver un calme presque métaphysique à la De Chirico, mais aussi lintensité du bruit citadin. À Bruxelles, ce contraste est très fort. Cela me renvoie à ce que je pense de la photographie: le photographe voit, réfléchit et acquiert une certaine expérience, une sagesse; mais pour créer il faut un certain délire mêlé à cette sagesse. La photographie, cest ça selon moi. Ce qui est aussi très frappant dans le Nord, ce sont les changements de temps. Ici, quand le soleil apparaît, il est plus intense que dans le Sud. Cela crée des instants dilluminations, cela crée des photos. Et puis, Bruxelles a ses odeurs et ses bruits que lon peut traduire en images. Estimes-tu le sujet épuisé? Jamais! Même si tu peux te dire que tu nas plus envie de faire de photos sur un sujet, ce nest pas pour cela que tu ne peux plus les voir. Vivant à Marseille, je constate quil y a toujours une image nouvelle à faire. Je nai pas besoin du prétexte du voyage pour pouvoir produire. Ca peut être tout de suite ici, il en sortirait la même ambiance, que ce soit au Caire ou à Bruxelles. |
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