| I Sébastien REUZÉ I BIOGRAPHIE AVANT-PROPOS Sébastien Reuzé déjoue avec talent, humour et un zeste de dérision nos habitudes à voir la ville. Il nous projette dans sa fiction par une sorte derrance virtuelle dans Bruxelles, où il suffit dun rien pour que le réel bascule dans limaginaire - ce rien que constitue précisément lacte photographique. Jean-Louis Godefroid, Directeur de Contretype Sébastien Reuzé prête une attention sensible à des constructions urbaines en apparence banales - pistes daéroports, façades dimmeubles, intérieurs domestiques, vues aériennes de villes... - pour enregistrer des scintillements possibles de lespace à partir de flocons de neige, gouttelettes de jets deau, illuminations dimmeubles, clairs de lune, rayonnements solaires... Ses photographies déclinent ainsi des rapports féconds dabsorption, de dispersion, de réflexion et de réverbération de la lumière sur les choses du monde. Lartiste fait advenir la photographie dans des lieux communs de vie tout en fabriquant des images lumineuses qui parviennent à transporter le spectateur dans un espace autre, un non-lieu davantage flottant, onirique et poétique. La beauté de son acte photographique réside dans cette offrande dune expérience sensible de lêtre déplacé. Les uvres de Sébastien Reuzé associent très souvent une vue rasante et horizontale de notre espace urbain avec une ouverture ascendante vers le ciel. Il nexiste pourtant aucune hiérarchie entre le haut et le bas, entre ce qui serait linférieur terrestre et le supérieur céleste. Il sagit juste de soulever un peu le quotidien déjà formaté pour pouvoir rêver dy provoquer des ouvertures lumineuses, des trouées dair autorisant la quête dun bonheur fugace dans les petits riens de la vie: renouer avec la simple beauté de loisiveté, déclare lartiste. (...) Mais quon ne sy trompe pas. Létendue de rêve, voire de bonheur, qui émane des images de Sébastien Reuzé résulte dune réflexion critique vis-à-vis du médium photographique. En effet, la photographie des années 1990 nous a habitués à un mode de consommation de limage avec ses sujets privilégiés - spectaculaire du corps, portrait, journal intime, paysage -, avec ses supports et ses formats convenus - le plus souvent des tirages papier encadrés ou contrecollés sur aluminium, les dimensions oscillant entre le moyen et le grand format. Les stratégies visuelles utilisées par Sébastien Reuzé opèrent autrement et déplacent la valeur dexposition de la photographie. En premier lieu, Sébastien Reuzé revendique explicitement le terme dobjet photographique en exploitant sa forme précieuse, miniature ou monumentale. Un verre cristal pourra ainsi recouvrir une petite photographie à la manière dun écrin de bijou. Limage photographique sera aussi susceptible dêtre imprimée sur une bâche de très grand format montée sur châssis, ou encore sur des films adhésifs collés sur des baies vitrées. (...) Pour Sébastien Reuzé, limage photographique ne peut échapper à son statut dobjet dès le moment de son exposition, cest-à-dire dans sa phase de réception esthétique et de consommation marchande. Inutile alors de prétendre occulter ou esquiver cette contrainte. Pour sopposer à la photographie esthétisante des Beaux-Arts, beaucoup dartistes ont élaboré des photographies minimales, voire pauvres: refus dune attention portée à la composition et à la lumière, absence de cadre, contrecollage sur aluminium ou plexiglas, photographies épinglées au mur... De telles pratiques nont pourtant pas empêché linstauration dune nouvelle forme de consommation bourgeoise de limage, pas plus quelles ne peuvent prétendre passer outre un questionnement sur la valeur esthétique et marchande de limage photographique. Mieux vaut alors pour Sébastien Reuzé sinfiltrer dans les codes de production de lobjet photographique et en explorer toutes les possibilités esthétiques et critiques. (...) Surgissent alors les inévitables rapports quentretient la réalité avec limage photographique. Sébastien Reuzé photographie ce qui lui est quotidien, ce qui appartient à sa propre réalité de vie: la ville, les voyages, les rencontres. Il y a bien prise de la réalité. Mais partant de là, il est impossible de qualifier ses photographies comme appartenant au genre du documentaire ou de lautobiographie. Sébastien Reuzé fabrique une photographie de linterstice, de lentre-deux où se produit un soulèvement du regard dans la réalité. Soulèvement au sens de contemplation et de résistance. Contemplation car la photographie de lartiste propose au spectateur, non pas une vision objective de la réalité, mais une attention flottante aux bruissements du vivant. Puisque la photographie enregistre mécaniquement la réalité sans voir, Sébastien Reuzé décide dy introduire des filtres semblables à ceux du rêve. Un de ces filtres procède dabord dune déposition du regard sur les manifestations du monde et dun glissement visuel vers autre chose. La déposition du regard nest pas un voir sans voir, cest un voir qui se dessaisit dun visible qui signifierait absolument la réalité. Un voir propre à lartiste qui procède par légers décalages: voir que le saut dune jeune fille sur un trampoline peut être loccasion dune perte de repères du corps dans lespace urbain, voir que la simple réflexion de spots de lumière dans la baie vitrée dun hall daéroport peut devenir une projection dovnis dans le ciel, voir quun clair de lune peut être bougé... Lautre filtre réside dans lusage de moyens plastiques qui sont aisément décelables, comme les accentuations chromatiques qui baignent le panorama de la réalité dune légère dominante rouge ou bleue, ou comme lanimation sur écran LCD de vues aériennes de différentes villes illuminées la nuit. Ces outils plastiques, sils peuvent produire une séduction esthétique, délivrent aussi une matérialité à limage, cest-à-dire quils dévoilent sa propre construction visuelle en tant que photographie à la fois ancrée dans et décalée de la réalité. (...) Extraits du texte de Larys Frogier, Directeur de La Criée centre dart contemporain de Rennes. |
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