Les Résidences d'artistes à Bruxelles

ANDRE CEPEDA
Anachronia


Résidence d'artiste réalisée entre 1999 et 2000





André Cepeda, extrait de la série Anachronia, 1999-2000

À propos d'Anachronia



Il est une importante tradition en photographie, qui passe fréquemment inaperçue ou est sous-évaluée: celle de faire de longues marches urbaines muni d’un appareil photo, à la recherche d’images "justes".

Cette tradition est déterminante pour ce que l’on appelle la "photographie de rue", mais les photographes flâneurs ne sont pas toujours des photographes de rue; ils peuvent être documentaristes, photojournalistes, voire photographes de la nature. À quelques exceptions près, l’idée de flâner vient du fait que le photographe ne sait pas précisément ce qu’il va photographier avant de rencontrer son sujet.

Évidemment, les photographes ont leurs centres d’intérêt personnels ou travaillent sur un projet spécifique et ils ont en tête une idée approximative du genre de photographies qu’ils vont faire, mais ils ne prennent la décision de déclencher qu’au moment où le sujet se présente à leurs yeux. L’image qui apparaît dans le viseur s’ajuste d’une certaine façon à l’image mentale. Même si cela concerne quelque chose de totalement neuf et d’inattendu et même si l’image appartient à une série d’images préalablement pensées.

En réalité cela ne se passe pas de façon aussi préméditée: au moment où ils appuient sur le déclencheur, ils savent qu’il s’agit de la bonne image. L’acte même de photographier est souvent très rapide et intuitif, tout en étant basé sur une vaste expérience du regard et de la vision; c’est ce que nous pourrions appeler la pensée visuelle rapide.

La série d’André Cepeda sur Bruxelles m’a fait penser à ce processus qui est si typique du medium photographique – qu’on le considère comme une forme d’art, une pratique culturelle ou une compulsion très personnelle. Cepeda a flâné dans Bruxelles en 1999, dans le cadre de sa résidence d’artiste à l’Espace Photographique Contretype; son projet était de produire des images qui reflètent en quelque sorte l’identité culturelle de cette ville ou du moins qui questionnent cette identité de façon pertinente. Cela implique que l’artiste ne voulait pas photographier les lieux communs touristiques ni les expressions "officielles" habituelles du pouvoir bureaucratique patentes dans l’architecture "politique" de la capitale de l’Union européenne.

Au contraire, André Cepeda a décidé de se focaliser sur la vie fugace des rues de la ville et de quelques "non-lieux"; Bruxelles regorge de ces endroits trop banals pour qu’on les remarque et encore moins pour qu’on les photographie.

Si nous pouvions distinguer deux groupes de "promeneurs" - d’une part les "témoins" ou "spectateurs", d’autre part les "chercheurs", "philosophes" ou "analystes" -, André Cepeda appartiendrait clairement à cette seconde catégorie.

Les photographes ont une vaste collection d’images stockées dans la mémoire; ils reconnaissent tous les styles d’images de photographes dont ils ont vu le travail dans des livres, magazines, expositions, sur des panneaux publicitaires, etc.
Il est possible que pendant qu’ils marchent dans la rue, ils "voient" ici une image de Robert Frank, là "un Winogrand", "un Doisneau" ou "un Cartier-Bresson". Dans notre monde saturé d’images, faire une nouvelle photographie signifie, dans une large mesure, ne pas faire l’une des mille et une images déjà existantes que notre mémoire nous invite à reproduire continuellement – mais essayer d’oublier ces images, d’être "vierge" de toute référence au moment où l’on prend effectivement une nouvelle photographie. Il s’agit là d’une pratique très difficile et qui s’associe également au processus de pensée visuelle rapide auquel j’ai fait référence plus haut. Pour les photographes, il s’agit là d’une dimension déterminante de leur créativité.

Il est intéressant de voir comment la série sur Bruxelles d’André Cepeda fonctionne à la lumière de ce que je viens de décrire…

Frits Gierstberg, Directeur des expositions au Nederlands fotomuseum de Rotterdam

Cette résidence d’artiste à Bruxelles a bénéficié du soutien de la Commission Communautaire Française (COCOF) et de l'Ambassade du Portugal à Bruxelles.


AndréCepeda est né en 1976 à Coimbra, Portugal. Il vit et travaille à Porto.

Il a suivi les cours de photographie de l'École des Arts d'Ixelles (1995-96). Cette formation fut complétée par une année d’études en Arts Visuels à Porto (1996-97). Il fut également collaborateur aux Encontros de Fotografia de Coimbra, de 1991 à 1994, où il a travaillé comme technicien de laboratoire. Il a aussi pratiqué la digitalisation d'archives photographiques au Centro Português de Fotografia, Ministère de la Culture, Porto (1997-1999).

Les expositions d'André Cepeda organisées par Contretype:

Bruxelles Active (expo collective), à l'Espace Photographique Contretype, 2000

Bruxelles à l'infini (expo collective), organisée par l'Espace Photographique Contretype, dans le cadre de Bruxelles 2000

Startistes (expo collective), réalisée par Contretype dans divers lieux de Bruxelles, en 2004

Anacronia, à l'Espace Photographique Contretype, 2005

Intro (expo collective d'artistes portugais), à l'Espace Photographique Contretype, 2007

Mar Mater Materia (expo collective), à l'Espace Photographique Contretype, 2010

Ré-collection (expo collective), à l'Espace Photographique Contretype, Brussels, 2010

Ontem, à l'Espace Photographique Contretype, 2010

Canal, Résidence d'artiste Contretype réalisée avec Eduardo Matos, à l'Espace Photographique Contretype, 2012

Dans le cadre de l'exposition collective itinérante Co2-Bruxelles à l'infini: Cracovie (2006), Sao Paulo (2007), Paris (2007), Bucarest (2008).


Le site perso d'André Cepeda