Les Résidences d'artistes à Bruxelles

DANIEL DESMEDT
Le dernier carré


Résidence d'artiste finalisée en 2009





Daniel Desmedt, extrait de la série "Le dernier carré"

Pendant une période d’une quinzaine d’années, Daniel Desmedt a photographié différentes étapes de la vie d’un jardin potager situé à Bruxelles. Durant ce travail, le photographe est passé du noir et blanc à la couleur et du moyen au grand format, marquant une évolution parallèle entre l’évolution de ce petit jardin et celle de son écriture photographique.

Ce qui l’a intéressé dans les potagers, c’est la rencontre entre la nature et la cité. Les potagers étaient devenus un extraordinaire terrain d’expérimentation et de jeu. Assez rapidement, une menace a plané sur ces potagers, sous la forme d’un projet immobilier. À cette époque, le photographe, riverain du terrain, a fait partie du comité de quartier qui s’est opposé au projet et, en même temps, a continué à photographier le lieu, en ayant à l’esprit l’idée que ce monde allait disparaître et qu’il fallait qu’il en consigne des traces. Il s’agit donc d’une démarche à la fois citoyenne et photographique. Les images en couleurs prises par la suite montrent la rénovation et la nouvelle affectation du jardin.



Le dernier carré

C’était un petit jardin…

À Bruxelles, le Carré Tillens est une parcelle de campagne oubliée, encore traversée par des sentiers anciens. Ce terrain de rencontres improbables a été longtemps squatté par des jardiniers venus de tous horizons. Aujourd’hui, avec le soutien des habitants et des autorités politiques, son réaménagement en fait un espace d’expérimentation sociale, dédié aux échanges entre générations et à la transmission des savoirs maraîchers.

Daniel Desmedt s’est toujours intéressé aux traces laissées par l’homme dans le paysage et il photographie les mutations du Carré Tillens depuis quinze ans, ce qui permet d’observer dans l’évolution du jardin et dans la démarche de l’auteur un cheminement parallèle. Au départ, Daniel Desmedt prit le temps de découvrir le paysage, de le sentir, de l’apprivoiser en utilisant la «chambre technique» sur trépied.
Ce qui l’a intéressé dans les potagers, c’était la rencontre entre la nature et la cité. Les potagers étaient devenus un extraordinaire terrain de jeu et d’expérimentation. Ce paysage très marqué par la présence des hommes, par l’individualité et l’ingéniosité de chacun affirmait, malgré une certaine organisation, un aspect anarchique.

Un jour, la menace d’un projet immobilier a plané sur ces potagers et le photographe, riverain du terrain, tout en faisant partie du comité de quartier, a continué à photographier, motivé par un état d’urgence, un monde qui allait disparaître et dont il fallait consigner les traces.

Comme le dit Roland Barthes, la photographie, c’est le «ça a été», l’indice d’un instant en train de disparaître. Quand on a une photographie dans les mains, en tout cas une photographie analogique, le moment où elle a été faite s’est déjà éloigné. La photographie n’est qu’un constat de nos deuils et de nos séparations.

En 2004, le projet de réaménagement du site a été mis en œuvre, avec la création de nouveaux potagers. Le photographe a voulu enregistrer cette mutation annoncée en expérimentant la photographie en couleurs, afin d’instaurer une autre relation à la réalité, peut-être moins transposée qu’en noir et blanc.

Par ailleurs, le temps est une notion intimement liée à la photographie et constitue le fondement de la démarche artistique de Daniel Desmedt: «On peut tenter de s’inscrire dans le temps, on peut essayer de l’utiliser, mais on ne peut pas l’arrêter. Photographier, c’est collectionner des instants arrêtés. On dit prendre une photographie, avec l’espoir de saisir, d’agripper un instant. Mais le temps passe, et nous serons sans doute fascinés par cette petite image d’un présent disparu, qui finalement nous renvoie à notre impuissance face au temps.»

Jean-Louis Godefroid, Commissaire de l’exposition.



Entretien avec Daniel Desmedt à propos du "Dernier carré" (archives Contretype)



Ci-dessous, vidéo réalisée par Morituri dans le cadre de l'exposition "Le dernier carré" de Daniel Desmedt, à l'Espace Photographique Contretype, du 5 mai au 20 juin 2010. Sur You Tube




Daniel Desmedt est né en 1957 à Bruxelles, où il vit et travaille.

Il participera également à plusieurs expositions collectives: «Agriculture, ou l'histoire photographiée des gens de la terre» à la Maison de la Culture de Namur en 1988, «Huitième Prix photographie ouverte», en 1989, au Musée de la Photographie de Charleroi; «Photobiographie. Deuil et mémoire», en 1991, à la Maison de la Culture de Namur; «04°- 50° La Mission Photographique à Bruxelles» à l’Espace Photographique Contretype à Bruxelles; «Ville en éclats», en 1994, au Centre Wallonie-Bruxelles de Paris; «L’autre voie. Regards de 22 artistes contemporains sur le train», en 1995, au Grand-Hornu; «Bruxelles Visions Panoramiques» en 1995, à la galerie Polaris à Bruxelles; «Bruxelles à l’infini», en 2000, aux Anciennes glacières de Saint-Gilles, Contretype, dans le cadre de Bruxelles 2000, et à l’exposition «Atmosphères», en 2001, au Musée Ianchelevici de La Louvière.
Il a pris part à l’exposition «A l’image de rien» à l’Espace Contretype, en 2006.
Contretype lui a également consacré sa première exposition personnelle, intitulée «Temps», en 2002. Ses photographies ont aussi été montrées lors de la présentation thématique «Le jardin des résistances», en 2007, avec Paul den Hollander, Lucia Radochonska et Jean-Louis Vanesch à l’Espace Photographique Contretype.

En 2010, Contretype l'accueille à nouveau pour "Le dernier carré", sa deuxième expo personnelle.
Une première monographie, "Le dernier carré", publiée par ARP 2 et Contretype, Bruxelles, lui est consacrée à l’occasion de cette exposition.



Par ailleurs, il fait diverses communications dans le cadre de son travail médical. Citons par exemple “La photographie à corps perdu”, en 1996, texte présenté au Colloque international “Le Corps et l’écriture” aux Cliniques Universitaires de Bruxelles-Erasme, “L’art, la ville, la nécessité”, en 1998, conférence pour la Ligue des Droits de l’Homme, Bruxelles, “Dans un basculement de miroir, une brève apparition du corps: la photographie”, en 1998, conférence présentée dans le cadre des Séminaires de psychosomatique, Cliniques Universitaires de Bruxelles-Erasme, ou encore “La photographie, donner du corps au regard”, en 2000, article paru dans Le Bulletin Freudien, n°35-36, à l’automne 2000.