Les Résidences d'artistes à Bruxelles

ELINA BROTHERUS
The New Painting


Résidence d'artiste réalisée entre 2001 et 2002





Elina Brotherus, Fille aux fleurs, 2002

The New Painting

La série "The New Painting" – commencée en 2000 et toujours inachevée à l’heure actuelle - aborde l’esthétique et les thématiques de la peinture figurative classique. Elina Brotherus tente, avec l’appareil photo, d’appréhender les problèmes auxquels ont été confrontés les peintres depuis des siècles: lumière, couleur, composition, figures dans l’espace, projection du monde tridimensionnel en deux dimensions, des questions fondamentales dans tous les arts visuels. C’est un sujet vaste dont elle n’a pas encore épuisé toutes les facettes. Il lui a paru naturel de continuer ce travail en cours lors de sa résidence à Bruxelles, d’autant que la "décoration" originale de l’Hôtel Hannon donne aux scènes d’intérieur un caractère particulier, indéfini. Par des visites répétées aux Musées royaux des Beaux-Arts de Bruxelles, elle tente également de se situer dans la continuité de l’histoire de l’Art occidental.

Les résidences d’artistes sont pour Elina Brotherus un fructueux moyen de travail: elles lui permettent de s’écarter d’une certaine "routine" et de libérer ses pensées et ses yeux "pour l’art". Chaque lieu possédant ses propres paramètres, il pose des limites restrictives qui lui sont nécessaires. D’une façon générale, travailler à l’extérieur dans de grandes villes lui est difficile: il y a trop de perturbations visuelles: voitures, constructions, passants… C’est pour cette raison qu’elle préfère travailler soit dans la périphérie de Bruxelles, où il y a moins de "pollution" visuelle et plus d’espaces ouverts, ou à l’intérieur de l’Hôtel Hannon (siège de l'Espace Photographique Contretype lors de cette Résidence).

Un grand changement a eu lieu dans son travail dans les années 1999-2000. Le travail montré à Contretype dans le cadre de l’exposition "Identité fictive", en 1999, provenait d’une série plus ancienne intitulée "Das Mädchen sprach von Liebe" dans laquelle figuraient des images autobiographiques personnelles et intimes, liées à un événement particulier ou une émotion (voir la chronique du livre "Decisive days" d’Elina Brotherus en page 10).

Les photos de la série "The New Painting" n’ont rien d’autobiographique ni de narratif au sens strict du terme. Les raisons pour lesquelles elles ont été prises sont purement visuelles. Elina Brotherus est souvent, comme avant, son propre modèle, mais cette fois comme s’il s’agissait d’un modèle de peintre. Ces photos ne parlent pas d’elle mais bien de la figure humaine, d’un "objet" dans l’espace qui réfléchit et absorbe la lumière. Son esthétique n’a pas profondément changé; mais son point de vue a évolué et les clés pour décoder son travail sont différentes. Les titres des photos participent de ce changement : dans la série "Das Mädchen sprach von Liebe", les titres (comme "I hate sex", "Divorce Portrait"), procuraient une clé d’accès à l’histoire, une allusion à l’attention du spectateur, pour l’orienter vers un certain type de lecture. Dans "The New Painting", les titres sont laconiques, ils font simplement état de ce qui est montré ("Fille aux fleurs", "Horizon"). Parfois aussi, les titres sont empruntés à des œuvres d’art existantes, comme "L’artiste et son modèle".

Selon Elina Brotherus, la photographie parle aussi de pouvoir. La photographie "L’artiste et son modèle" constitue un commentaire à propos de l’abondance, sur le plan historique, d’artistes masculins qui utilisent des modèles féminins. Le fait d’être habillé est propre à l’artiste, la nudité est propre au modèle, qui est mis dans une situation de vulnérabilité, de soumission. Ici, la femme artiste se réapproprie une chose qui a été soustraite à son genre dans les arts plus anciens.

Elina Brotherus présente par ailleurs des paysages très graphiques, épurés, qui permettent une respiration au sein de son œuvre. Les couleurs, ou leur réduction, sont très importantes pour elle, en tant qu’élément de construction d’une photo, d’une exposition ou d’une publication. Il ne faut cependant pas y voir l’utilisation d’une "théorie des couleurs" ou de valeurs symboliques.
Quant aux fleurs qui apparaissent dans plusieurs photos, on peut y percevoir soit une référence à certaines peintures du début de la Renaissance où il y a des fleurs sur le sol, soit simplement un bel élément qui vaut la peine d’être étudié pour lui-même.

D’après des propos d’Elina Brotherus



Cette résidence d’artiste à Bruxelles a bénéficié du soutien de la Commission Communautaire Française de la Région de Bruxelles-Capitale (COCOOF), du Commissariat général aux Relations internationales de la Communauté française de Belgique (actuel WBI), du Centre Culturel Finlandais et du Finnish Fund for Art Exchange (FRAME) à Helsinki.


Elina Brotherus est née en 1972 à Helsinki, Finlande. Elle a obtenu en 1997 un Master of Science (Chimie) à l’Université d’Helsinki, puis, en 2000, a terminé un Master of Arts (Photographie) à l’Université des Arts et du Design, Helsinki. Elle expose dès 1998, alors qu’elle poursuit encore ses études.

Les expositions d'Elina Brotherus organisées par Contretype:

Identité fictive (expo collective), à l'Espace Photographique Contretype, Bruxelles, 1999

The New Painting, à l'Espace Photographique Contretype, Bruxelles, 2003

Startistes
(expo collective), dans différents lieux de Bruxelles, 2004

Mar Mater Materia (expo collective), à l'Espace photographique Contretype, Bruxelles, 2006

Dans le cadre de l'exposition collective itinérante Co2-Bruxelles à l'infini: Cracovie (2006), Sao Paulo (2007), Paris (2007), Bucarest (2008)

Le site perso d'Elina Brotherus