Les Résidences d'artistes à Bruxelles

Isabelle Arthuis
Bruxelles Active


Résidence d'artiste réalisée en 2000





Isabelle Arthuis, extrait de l'installation Bruxelles Active, 2000

La proposition d'être en résidence à Bruxelles réveille aujourd'hui des projets, des idées auxquelles je me suis attachée dans mon travail depuis quelques années. Etre dans la ville n'est pas pour moi une mise à distance du photographe et de l'objet regardé, ni même une topographie des lieux et des architectures, mais bien une attitude qui inclut l'homme, son activité, son déplacement, son comportement dans l'espace qui l'entoure. La ville ne peut être considérée sans ses habitants, être en ville participe d'une énergie de la ville et de ce qui la constitue.
C'est précisément dans le sens de l'action en train de se faire et de ce que l'on est en train de voir et de vivre que je conçois aujourd'hui l'attitude qui relève du travail photographique que je réalise pour l'Espace Photographique Contretype.

Comme un cadavre exquis, comme une fiction sans histoire, il s'agit là de concevoir un film dont les actions se passent à Bruxelles, où de plan en plan, sous forme de petits chapitres, on suit un personnage masculin qui devient le fil d'Ariane d'un scénario abstrait.
Ce personnage déambule entre les architectures, se mélange à la foule, participe au temps, aux actions et à l'espace qui l'entoure, c'est un personnage vivant et acteur de sa façon de s'inscrire dans le réel. La caméra le suit, s'attarde sur lui, s'en détache aussi parfois.

Ce projet est un dialogue entre le regardeur qui est ici la caméra et un comédien qui est le personnage masculin. La vidéo documente une façon de mettre en scène des événements, de travailler l'idée d'un théâtre qui utilise comme fond de scène non pas le plateau mais le décor réel de la ville. Les images attrapent ici le mouvement et la pensée d'un homme et du monde dans lequel il vit, elles sont le story board d'une rencontre avec la ville de Bruxelles.

Propos d'Isabelle Arthuis

Une photographe nomade
Une cinéaste urbaine

En s’efforçant de résister à toute catégorisation, le travail d’Isabelle Arthuis nécessite une exigence de tous les instants répétée au fil des jours et aspire à un développement sans cesse remis en question.
Rien n’est jamais acquis ni surtout figé, le statut de l’icône tentant, si possible, d’être banni ou alors se trouvant hors contexte (sa photographie-poster d’une grotte Bretonne à tour et Taxi). On peut dès lors comprendre qu’aborder Bruxelles par le biais statique de la photographie - au sens où il s’agit d’une image non animée - ne corresponde pas exactement aux exigences et aux ambitions d’Isabelle Arthuis. Le diaporama sur lequel elle travaille - véritable work in progress - lui permet d’accréditer sa démarche en alliant les avantages de la photo et du cinéma : les images se succèdent et se fondent, la narration est elliptique, la photographie perd son statut sélectif, le travail de mémoire s’opérant sur un temps plus long.
Le diaporama a l’avantage de pouvoir mixer ces images statiques, qu’elles soient numériques ou argentiques, avec celles animées extraites des vidéos. Elles tissent une trame que l’on pourrait imaginer calquée sur la structure aléatoire de la ville, structure informelle mise en situation et en relation avec la présence récurrente de deux acteurs qui deviennent en quelque sorte les véritables points de référence, seuls repères constants de la réalisation.
Le déroulement saccadé du diaporama correspond à une recherche des rythmes et des mouvements qui ponctuent notre regard sur la ville et ses habitants. La dynamique du défilement ainsi créée possède une connotation urbaine propice à un accompagnement musical où les percussions jouent un rôle important. Le véritable kaléidoscope que constitue le paysage et la vie Bruxelloise trouve ici un équivalent visuel situé au diapason des contradictions et des frémissements de la ville.
Sans doute la pratique photographique d’isabelle Arthuis a-t-elle trouvé dans ce creuset Bruxellois un terrain propice qu’elle exploite dans son registre : en privilégiant les lieux de passage (rue, tunnels, trottoirs) et leur perspective, les façades enregistrées avec un léger bougé, elle donne l’image d’une ville qui ne s’arrête jamais. Celle-ci semble en constante circulation à la mesure des quelques 500 clichés qui forment la projection et dont on ne doute qu’ils appartiennent à un corpus beaucoup plus vaste, susceptible d’être encore exploité.
Véritable Work in Progress, cette réalisation ne cesse de s’interroger sur les conditions de sa réalisation, du statut de leur auteur, reléguant la qualité intrinsèque des images à une préoccupation secondair, le détail se fondant dans l’ensemble qui émerge au fur et à mesure. Arthuis interroge également notre vision du monde qu’elle voit fragmentaire et éclaté, nécessitant une multiplicité de regards et d’approches (scéniques, sonores et musicales) pour reconstruire les fragments du puzzle, autrement dit se repositionner par rapport à l’espace et au temps. S’il est compréhensible qu’un tel travail, à son degré actuel d’avancement, ne puisse apporter les solutions requises, au moins les envisage-t-il en abordant par un biais personnel et engagé les éternelles questions de notre rapport au monde et de la place de l’individu dans celui-ci. Nomade ou casanier, quelle est son influence sur l’environnement où il s’agite ? A moins qu’il ne s’agisse d’un leurre, d’une fiction stéréotypant le réel pour en asseoir la pesanteur.

Bernard Marcellis

Extrait de L’art même, Chronique des arts plastiques de la communauté Française de Belgique, 4ème Trimestre 2001.

Cette résidence d’artiste à Bruxelles a bénéficié du soutien de la Commission Communautaire Française (COCOF).




Isabelle Arthuis est née en 1969 au Mans (France) et travaille en Bretagne et en Belgique.

Les expositions d'Isabelle Arthuis organisées par Contretype:

Bruxelles Active (expo collective), à l'Espace Photographique Contretype, 2000

Dans le cadre de l'exposition collective itinérante Co2-Bruxelles à l'infini: Cracovie (2006), Sao Paulo (2007), Paris (2007), Bucarest (2008)

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