Les Résidences d'artistes à Bruxelles

ISABELLE HAYEUR
Formes de monuments


Résidence d'artiste réalisée en 2008-2009





Isabelle Hayeur, Monument aux bâtisseurs de ville, 2008-2009

Déclaration d'intention

Depuis la fin des années 1990, Isabelle Hayeur réalise des panoramas photographiques laissant transparaître une critique singulière du paysage anthropique nord-américain. Ses travaux représentent des endroits où se mettent en place les enjeux d’un aménagement tels les territoires en lotissement et autres transformations à la périphérie des villes, les terrains vagues, les zones naturelles en exploitation, les lieux désenchantés et insolites. Les paysages très réalistes de l’artiste sont toutefois en partie factices parce que fabriqués au moyen de différentes sources. Tel un peintre, Isabelle Hayeur retouche des paysages existants, utilise des fragments d’images de provenances et de temporalités diverses et effectue avec doigté un déplacement de sens, construisant ainsi des endroits très étranges, à la limite du vraisemblable. Les sites inconnus, ou inconnaissables, qu'elle construit en fondant différents lieux en un seul présentent des failles qui attirent l'attention sur notre rapport à l’environnement, sur la transformation et l’évolution de la ville, des strates de son histoire, son insertion dans le paysage ou encore sur les diverses façons de l’habiter. Son plus récent projet Formes de monuments (2008-2009) réalisé à Bruxelles s’inscrit dans cette démarche. Juxtaposant des chancres urbains à la statuaire publique, ces nouvelles compositions montrent métaphoriquement les mutations de la ville et la cohabitation difficile entre l’urbanisme standardisé et l’identité culturelle. Il en résulte des images à la fois séduisantes et inquiétantes, qui se situent entre le site dévasté et le lieu commémoratif d’une société passée.

Claudine Roger, commissaire de l’exposition


(…) Ayant vécu dans une banlieue nord américaine pendant une vingtaine d'années, j'ai été témoin des effets de l'urbanisation horizontale qui ronge les paysages et les uniformisent. Négation de la ville historique, des particularités géographiques et de la mémoire culturelle, l'urbanisme standardisé impose aux hommes son amnésie, son mode de vie individualiste et son improbable présence à la nature. Les chancres urbains, comme l'architecture brutaliste et les quartiers d'affaires que je rencontre à Bruxelles, me rappellent certains des «no man's land» d'Amérique qui me sont familiers. En les parcourant, j'y éprouve les mêmes sentiments d'aliénation et de déracinement. Je découvre aussi Bruxelles sous une tout autre perspective: habitée et historique. Je suis alors frappée par les contrastes étonnants qui disloquent la ville. Le corpus photographique que je développe suite à ma résidence articule ces oppositions en soulignant le caractère brutal de cette cohabitation. Utilisant la statuaire sociale comme référence à une échelle plus humaine, je donne un sens nouveau à des monuments d’une autre époque. Ces espaces numériquement recomposés semblent commémorer l’arasement d’une mémoire locale. Ils évoquent aussi la tragédie humanitaire et la lutte contre l’oppression. Ainsi réhabilités dans la trame urbaine, les
voici transformés en symboles de résistances.

Isabelle Hayeur


Dans le cadre de sa résidence à Contretype, elle porte un regard sur le phénomène de la
« Bruxellisation », un terme utilisé par les urbanistes pour désigner le développement anarchique d’une ville abandonnée à la vision de promoteurs immobiliers. Il fut particulièrement sensible dans les années 1960 et 1970, lorsque que la ville était livrée aux rêves de « cité du futur ». À ses yeux cela se poursuit aujourd’hui, notamment avec le développement des institutions européennes. Bruxelles est une ville aux contrastes étonnants. Il semble presque y avoir deux Bruxelles : celle des citoyens ordinaires qui l’habitent, puis l'autre, plus artificielle et souvent déserte où transite une certaine élite technocrate. Interpellée par les sentiments d'aliénation, de déracinement et de dislocation qui se dégagent des nombreux « non-lieux » bruxellois, elle développe un corpus photographique qui articule ces oppositions.


Cette résidence d’artiste à Bruxelles a bénéficié du soutien de la Commission Communautaire Française (COCOF) et de Wallonie-Bruxelles International(WBI). Elle s'inscrit dans un projet de coopération Wallonie-Bruxelles/Québec, une collaboration entre Contretype et Vox, Centre de l'image contemporaine à Montréal.

Nous remercions particulièrement le Conseil des arts et des lettres du Québec, le Ministère des Relations internationales du Québec, le Conseil des Arts du Canada, la Délégation générale du Québec à Bruxelles et le Centre culturel canadien de Paris. Contretype remercie également
Marie-Josée Jean et Claudine Roger pour la réalisation de l'exposition.




Isabelle Hayeur est née en 1969. Elle vit et travaille à Montréal.

Elle a fait des études en arts plastiques à l'Université du Québec à Montréal (UQAM), obtenant un baccalauréat en 1996, puis un master en 2002. Artiste de l'image, elle est connue principalement pour ses montages numériques grands formats, mais elle a aussi réalisé plusieurs installations in situ, des oeuvres d'art public, des vidéos et quelques oeuvres d'art internet.

Le travail d'Isabelle Hayeur se situe dans la perspective d'une critique écologique et urbanistique. Elle s'intéresse particulièrement au devenir des lieux et des cultures à l'ère de la mondialisation.
Par le biais des techniques de transformation de l'image, elle réalise des paysages imaginaires où le territoire est observé selon une perspective tout à la fois environnementale, archéologique et anthropologique. Les sites qu’elle représente sont le fruit de subtiles manipulations infographiques où elle amalgame en une image parfaitement unifiée une diversité de lieux et de temps historiques.

L'exposition d'Isabelle Hayeur organisée par Contretype:

Formes de monuments, à Espace Photographique Contretype, 2009

Le site perso d'Isabelle Hayeur