Les Résidences d'artistes à Bruxelles

JH ENGSTRÖM
La Résidence


Résidence d'artiste réalisée en 2003





JH Engström, extrait de "Je suis où", 2003

Entretien

Quelle qualité de relation entretiens-tu avec ce que tu photographies?

Quand je photographie un être humain, un lieu, une situation, un objet, je m’y identifie toujours fortement. Il y a mon histoire, mon bagage qui résonnent dans ce que je photographie. J’y mets "différentes couches" de mes sentiments. J’exprime mes sensations, mes pensées, et je les présente. Je n’essaie pas d’expliquer les choses ou les liens qui existent entre elles.

Tout ce que je peux faire ce sont des photographies de ce que je sens, de ce que donnent les rencontres avec les gens. Dans ce sens, mon travail est complètement subjectif. En même temps, je m’intéresse à l’objectivité, au fait que lorsque l’on photographie, on a toujours à faire avec la réalité, et là, la subjectivité ne m’intéresse pas, c’est un paradoxe.

Dans tes images, il y a beaucoup de dramaturgie. Pourquoi la renforcer au tirage, par l’affirmation du grain, des griffes ou la distorsion des couleurs?

Parce que je veux à tout prix faire passer ce que je sens, ce qui tourne dans ma tête, mais le problème, c’est que je n’y arrive jamais complètement. Cependant, je suis toujours là et je fais des photographies depuis des années, c’est une manière d’être au monde.

"Je suis où". Cette question qui n’en est pas une sera le titre de l’exposition des travaux que tu as réalisés durant ta résidence à Bruxelles.

D’abord, Bruxelles est une ville bizarre pour moi. Son identité ne m’apparaît pas clairement, ensuite il y a toujours les interrogations personnelles : c’est quoi la vie, pourquoi suis-je ici ?
Rien n’est évident, ce n’est pas évident de vivre à Stockholm non plus. Dans les photographies que je fais sur Bruxelles, il y est beaucoup question de solitude. Dans la situation étrange d’être en résidence pendant deux mois, j’ai souvent été seul, et c’est bien ; j’ai rencontré des gens, mais je n’ai pas fait de connaissances.
La solitude des autres aussi m’intéresse beaucoup. Dans le drame de chaque vie il y a la solitude qui pousse chaque être humain à faire des choix pour survivre. Je parle de la vraie solitude, celle qu’on porte soi-même : il faut que tu portes ta vie !

Quels ont été tes lieux de prédilection durant ton séjour à Bruxelles ?

Je ne peux pas rester chez moi, c’est l’angoisse, il faut que je sorte tout de suite, il faut que je rencontre des gens, que je regarde comment sont les gens entre eux, par exemple dans les bars ; là pour moi c’est le meilleur théâtre du monde. Je suis là et je vois tout ça, je me sens dedans, je comprends pourquoi ils disent ceci ou cela.
C’est beau, j’adore ces gens qui jouent comme sur une scène de théâtre, qui mentent tout le temps, mais qui sont vrais aussi car ils disent ce qu’ils sont. J’adore les bars : tout le monde peut venir, on peut parler de n’importe quoi. Le bar est un public living room : on n’ est pas chez quelqu’un, on est libre, c’est pour tout le monde et je m’y sens bien.

Un dernier mot pour conclure avant de découvrir tes images ?

S’il y a un mot pour mon travail, c’est la solitude, la mienne et celle des autres. Je l’exprime tout le temps, cela sort de mes sentiments, de ce que je pense là où je suis, mon travail actuel s’intitule Mon monde à moi, comme celui d’un gosse.
Le fait d’être très réceptif tout le temps ça me fait mal, c’est très fatigant mais c’est aussi pour cela que je fais de la photographie, cela m’aide à vivre. C’est une nécessité de le faire, c’est un peu une question de vie ou de mort, alors il faut que je le fasse : je le fais, et puis, je pars.
Salut !

Propos recueillis par Jean-Louis Godefroid, août 2003

Je suis où


JH Engström vient d’une ville située en pleine forêt suédoise et qui doit son existence à une usine. C’est au contact du monde du travail et des mentalités qui y sont liées que JH Engström passera ses douze premières années avant de suivre ses parents à Paris, où il vivra deux ans et demi.

De retour en Suède, il ne comprend plus rien de la vie, de ses parents, des gens, tant les différences sont importantes.
Il en gardera cette agitation intérieure, cette difficulté d’être dans le moment présent, d’être déjà ailleurs.
De ses études de photographie, il gardera d’un professeur une grande amitié: Anders Petersen dont il se revendique l’élève. Il trouve la scène photographique suédoise trop étroite, insuffisante, s’y sent un peu à part, dans une certaine marginalité.

Aujourd’hui, il travaille et vit à Stockholm où il aime toujours sortir dans les bars. La seule chose qui a changé, c’est Anna: avec elle, il peut rester seul à la maison.

Cette résidence d’artiste à Bruxelles a bénéficié du soutien de la Commission Communautaire Française(COCOF), de la Fondation Petra et Karl Erik Hedborgs à Lidingö, Suède et de l'Ambassade de Suède à Bruxelles. Nous remercions tout particulièrement Madame Carina Ostenfeldt du Riksutställningar, Stockolm, pour sa précieuse collaboration.




JH Engström est né en 1969 à Karlstad en Suède. En 1991, il s’installe à Paris devenant l’élève de Mario Testino, ensuite de Anders Petersen, de 1993 à 1994.

Entre 1994 et 1997, il étudie au Département de la Photographie et du Cinéma de l’Université de Göteborg obtenant son diplôme. Il travaille également sur le projet "Shelter" lequel est publié en livre en 1997 (Éditions Bokförlaget DN). La même année, il est lauréat du Prix Culturel de Stockholm.

En 1998, le Nordic Museum de Stockholm achète les photographies présentées dans l’ ouvrage "Shelter" pour lequel il obtient le "Prix du livre de photographie de l’année en Suède".

Durant l’été de 1998, JH Engström déménage à Brooklyn (New York) afin de travailler sur un nouveau projet soutenu par une bourse d'Etat : "Trying to Dance". Le printemps et l’été 2001, il voyage en Italie, en France, en Bosnie et en Croatie.

En 2012, JH Engström est lauréat de la compétition Best book design from all over the World 2012 pour son ouvrage La Résidence publié par Journal dans le contexte particulier de sa Résidence d’artiste organisée par Contretype à Bruxelles.

Actuellement, il réside et travaille à Stockolm.

Les expositions de JH Engström organisées par Contretype:

Je suis où, à Espace Photographique Contretype, 2003

Genre humain (avec Dirk Braeckman et Daniel Brunemer), à Espace Photographique Contretype, 2006

Ré-collection (expo collective), à l'Espace Photographique Contretype, Bruxelles, 2010

Dans le cadre de l'exposition collective itinérante Co2-Bruxelles à l'infini: Cracovie (2006), Sao Paulo (2007), Paris (2007), Bucarest (2008)

Le site perso de JH Engström

Sa page sur le site de la Galerie VU'