Les Résidences d'artistes à Bruxelles

SÉBASTIEN REUZÉ
Constellations


Résidence d'artiste réalisée en 2002





Sébastien Reuzé, extrait de "Constellations", 2002

Avant-propos



“Sébastien Reuzé déjoue avec talent, humour et un zeste de dérision nos habitudes à voir la ville. Il nous projette dans sa fiction par une sorte d’errance virtuelle dans Bruxelles, où il suffit d’un rien pour que le réel bascule dans l’imaginaire - ce rien que constitue précisément l’acte photographique.”

Jean-Louis Godefroid



Extraits d'un texte de Larys Frogier, Directeur de La Criée, Centre d’Art contemporain de Rennes

“Sébastien Reuzé prête une attention sensible à des constructions urbaines en apparence banales - pistes d’aéroports, façades d’immeubles, intérieurs domestiques, vues aériennes de villes... - pour enregistrer des scintillements possibles de l’espace à partir de flocons de neige, gouttelettes de jets d’eau, illuminations d’immeubles, clairs de lune, rayonnements solaires... Ses photographies déclinent ainsi des rapports féconds d’absorption, de dispersion, de réflexion et de réverbération de la lumière sur les choses du monde.
L’artiste fait advenir la photographie dans des lieux communs de vie tout en fabriquant des images lumineuses qui parviennent à transporter le spectateur dans un espace autre, un non-lieu davantage flottant, onirique et poétique. La beauté de son acte photographique réside dans cette offrande d’une expérience sensible de l’être déplacé.

Les œuvres de Sébastien Reuzé associent très souvent une vue rasante et horizontale de notre espace urbain avec une ouverture ascendante vers le ciel. Il n’existe pourtant aucune hiérarchie entre le haut et le bas, entre ce qui serait l’inférieur terrestre et le supérieur céleste. Il s’agit juste de soulever un peu le quotidien déjà formaté pour pouvoir rêver d’y provoquer des ouvertures lumineuses, des trouées d’air autorisant la quête d’un bonheur fugace dans les petits riens de la vie: “renouer avec la simple beauté de l’oisiveté”, déclare l’artiste. (...)

Mais qu’on ne s’y trompe pas. L’étendue de rêve, voire de bonheur, qui émane des images de Sébastien Reuzé résulte d’une réflexion critique vis-à-vis du médium photographique. En effet, la photographie des années 1990 nous a habitués à un mode de consommation de l’image avec ses sujets privilégiés - spectaculaire du corps, portrait, journal intime, paysage -, avec ses supports et ses formats convenus - le plus souvent des tirages papier encadrés ou contrecollés sur aluminium, les dimensions oscillant entre le moyen et le grand format. Les stratégies visuelles utilisées par Sébastien Reuzé opèrent autrement et déplacent la valeur d’exposition de la photographie.

En premier lieu, Sébastien Reuzé revendique explicitement le terme d’objet photographique
en exploitant sa forme précieuse, miniature ou monumentale. Un verre cristal pourra ainsi recouvrir une petite photographie à la manière d’un écrin de bijou. L’image photographique sera aussi susceptible d’être imprimée sur une bâche de très grand format montée sur châssis, ou encore sur des films adhésifs collés sur des baies vitrées. (...)

Pour Sébastien Reuzé, l’image photographique ne peut échapper à son statut d’objet dès le moment de son exposition, c’est-à-dire dans sa phase de réception esthétique et de consommation marchande. Inutile alors de prétendre occulter ou esquiver cette contrainte. Pour s’opposer à la photographie esthétisante des Beaux-Arts, beaucoup d’artistes ont élaboré des photographies minimales, voire pauvres: refus d’une attention portée à la composition et à la lumière, absence de cadre, contrecollage sur aluminium ou plexiglas, photographies épinglées au mur... De telles pratiques n’ont pourtant pas empêché l’instauration d’une nouvelle forme de consommation bourgeoise de l’image, pas plus qu’elles ne peuvent prétendre passer outre un questionnement sur la valeur esthétique et marchande de l’image photographique. Mieux vaut alors pour Sébastien Reuzé s’infiltrer dans les codes de production de l’objet photographique et en explorer toutes les possibilités esthétiques et critiques. (...)

Surgissent alors les inévitables rapports qu’entretient la réalité avec l’image photographique. Sébastien Reuzé photographie ce qui lui est quotidien, ce qui appartient à sa propre réalité de vie: la ville, les voyages, les rencontres. Il y a bien prise de la réalité. Mais partant de là, il est impossible de qualifier ses photographies comme appartenant au genre du documentaire ou de l’autobiographie. Sébastien Reuzé fabrique une photographie de l’interstice, de l’entre-deux où se produit un soulèvement du regard dans la réalité. Soulèvement au sens de contemplation et de résistance.

Contemplation car la photographie de l’artiste propose au spectateur, non pas une vision objective de la réalité, mais une attention flottante aux bruissements du vivant. Puisque la photographie enregistre mécaniquement la réalité sans voir, Sébastien Reuzé décide d’y introduire des filtres semblables à ceux du rêve. Un de ces filtres procède d’abord d’une déposition du regard sur les manifestations du monde et d’un glissement visuel vers autre chose. La déposition du regard n’est pas un voir sans voir, c’est un voir qui se dessaisit d’un visible qui signifierait absolument la réalité. Un voir propre à l’artiste qui procède par légers décalages: voir que le saut d’une jeune fille sur un trampoline peut être l’occasion d’une perte de repères du corps dans l’espace urbain, voir que la simple réflexion de spots de lumière dans la baie vitrée d’un hall d’aéroport peut devenir une projection d’”ovnis” dans le ciel, voir qu’un clair de lune peut être bougé... L’autre filtre réside dans l’usage de moyens plastiques qui sont aisément décelables, comme les accentuations chromatiques qui baignent le panorama de la réalité d’une légère dominante rouge ou bleue, ou comme l’animation sur écran LCD de vues aériennes de différentes villes illuminées la nuit. Ces outils plastiques, s’ils peuvent produire une séduction esthétique, délivrent aussi une matérialité à l’image, c’est-à-dire qu’ils dévoilent sa propre construction visuelle en tant que photographie à la fois ancrée dans et décalée de la réalité. (...)”

Cette résidence d’artiste à Bruxelles a bénéficié du soutien de la Commission Communautaire Française (COCOF).


Sébastien Reuzé est né en France (Neuilly-sur-Seine) en 1970. Il a fait des études artistiques à l’Ecole Nationale des Arts Visuels de La Cambre à Bruxelles (1993-1997, section photographie) où il réside. Il a immédiatement poursuivit ce cycle par
une formation en video à l'Université Polytechnique
de Valencia.

Les expositions de Sébastien Reuzé organisées par Contretype:

Quai-perron (expo collective), en collaboration avec Recyclart, (Bruxelles), 2000

Propositions d'artistes (expo collective), à l’Espace Photographique Contretype (Bruxelles), 2000

Constellations,
à l’Espace Photographique Contretype (Bruxelles), 2003

Intime et universel,
à l’Espace Photographique Contretype (Bruxelles), 2010

Dans le cadre de l'exposition collective itinérante Co2-Bruxelles à l'infini: Cracovie (2006), Sao Paulo (2007), Paris (2007), Bucarest (2008)

Le site perso de Sébastien Reuzé