S. REUZÉ & S. VANOVERBERGHE
Sébastien REUZÉ
& Sybren VANOVERBERGHE
KRYZTAL
18.04 - 7.07.2024
KRYZTAL n’est ni une exposition personnelle ni une exposition collective, elle ne développe aucune thématique, elle est une invitation à deux photographes, Sybren Vanoverberghe et Sébastien Reuzé, à faire dialoguer leurs travaux. Chacun a dû se risquer à un exercice de décentrement de sa pratique.
Olivier Grasser (Directeur Contretype)
Textes
Français
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Après l’exposition Agrégat en 2023, Contretype/Centre d’art pour l’image et la photographie contemporaine poursuit ses investigations sur l’exposition comme modèle de présentation de l’œuvre d’un artiste.
KRYZTAL n’est ni une exposition personnelle ni une exposition collective, elle ne développe aucune thématique, elle est une nouvelle invitation à deux photographes, Sybren Vanoverberghe et Sébastien Reuzé, à faire dialoguer leurs travaux. Pour Agrégat, l’enjeu était de proposer à deux artistes qui ne se connaissaient pas et qui avaient des approches photographiques radicalement opposées de créer un dialogue esthétique. Chacun avait dû se risquer à un exercice de décentrement de sa pratique.
Sybren Vanoverberghe et Sébastien Reuzé, eux, se connaissent déjà et ils ont comme point commun d’avoir été tous deux exposés au FOMU à Anvers, Reuzé en 2019 et Vanoverberghe en 2020. Bien que chacun à un endroit différent de leurs parcours artistiques, ils sont tous deux engagés dans une recherche de nouveaux espaces pour la photographie. On connaît encore mal les recherches que mène le jeune gantois Sybren Vanoverberghe dans le champ de la photographie expérimentale, on connaît mieux celles de Sébastien Reuzé, installé à Bruxelles depuis 1993 et tenant d’une pratique qui déjoue avec dextérité les codes de la photographie dite « d’auteur ». KRYZTAL est le choix qu’ils ont fait d’une déambulation unique dans les territoires du photographique.
En argentique noir & blanc, Sybren Vanoverberghe développe une pratique qui interroge la relativité de la représentation photographique. Il travaille par séries et, qu’il s’agisse de paysages ou de zones industrielles, il porte un regard archéologique sur les ruines, les artefacts de la nature et les débris, ce qui reste lorsque les lieux ont perdu leur fonction. À la relativité qui appartient par essence à la photographie, il répond par la poésie et l’esthétique.
Avec Conference Of The Birds (2020), il avait réalisé une série de paysages désolés et poussiéreux, vides de présence humaine, tragiques et désertiques, clairsemés de murs de terre effondrés et de palmiers délabrés… Photographiés dans une lumière blanche, brûlante et aveuglante, les palmiers, qui constituaient le leitmotiv de la série, étaient progressivement transformés en signes graphiques qui semblaient faire advenir une abstraction en lieu et place de la représentation. Dans la série Desert Spiral (2022-2023), vestiges et matériaux de chantier mais aussi symboles anciens gravés dans la pierre évoquent une cosmogonie mystérieuse et sans âge. Les premiers plans viennent progressivement occuper la superficie de l’image, bloquer la profondeur et accrocher le regard à la surface.
De sa fréquentation des non-lieux, Sybren Vanoverberghe a tiré la série Sandcastles & Rubbish (2018-2021), véritable matériologie où détails et surfaces métalliques, tôles pliées et fragments minéraux évoquent davantage quelque chose de tragique qu’un état de déréliction industrielle. Face à son objectif, matériaux usagés et déchets acquièrent une présence sculpturale, monumentale, à la beauté puissante. Les objets abandonnés comme les modelages aléatoires du paysage par l’érosion ont les mêmes caractères de signes intemporels. Cette grammaire visuelle qui s’est peu à peu mise en place semble s’affirmer radicalement dans les récentes séries Display Screens (2022-2024) et Musa (2022-2024). Le motif est dorénavant difficilement identifiable, il est pur objet de vision photographique et maintient en tension toute la surface.
Les images en noir & blanc sont tirées sur des plaques d’aluminium, poli ou brossé, ou encore de laiton, sur lesquelles, par les reflets et les jeux de lumière, la matière engloutit le sujet. Le regard accommode entre le proche et le lointain, entre la distance nécessaire pour comprendre le motif et la contemplation des détails. Il n’y a plus d’autre représentation qu’une image neutre et générique, quasiment abstraite, qui semble figée et inscrite dans les éclats métalliques et les surfaces miroitantes. Les photos acquièrent une présence monumentale, ce n’est plus un sujet qui donne l’échelle mais l’entièreté d’un objet photographique. Elles peuvent jouer avec l’espace et parfois même quitter le mur pour être présentées verticalement au sol. Sybren Vanoverberghe pose son travail comme une équation radicale entre la vision photographique, la lumière, et le support. Peut-être est-ce là que son travail rejoint celui de Sébastien Reuzé, dans l’intérêt de Reuzé pour la littérature : sa pratique photographique confère aux accidents et reliefs industriels une beauté vénéneuse.
Sébastien Reuzé poursuit une démarche dans laquelle il joue lui aussi avec les éléments constitutifs de la photographie. Travaillant la prise de vue analogique, il déploie les couleurs, les formes et les matériaux comme autant de mots et de phrases de son propre univers et de sa propre imagination. Mais tous les éléments sont en tension, jamais l’effet plastique ne parasite l’intensité optique. Admirateur de la photographie américaine, il déploie son œuvre comme un road-movie visuel, en déroulant des trames narratives irrationnelles et hallucinées et confrontant le visiteur à des flashes de réalité qui sont comme des miroirs fantasmagoriques. Sébastien Reuzé est un aventurier de la prise de vue. Il se nourrit des paysages qu’il visite et des scènes qui défilent sous ses yeux, qu’il enregistre et qu’il classe dans ses archives pour, plus tard, les revisiter, les coloriser à nouveau, les passer au prisme des illuminations de son imaginaire. La couleur est un élément central de son vocabulaire. Irisées, saturées, contrastées ou flashy, elles déclinent leur propre « ailleurs » de manière changeante. Il dit lui-même : « mes images naviguent entre différentes lectures, elles sont comme un funambule à la recherche d’un équilibre ». Enfin, déjouer la règle et convoquer le hasard constitue un trait spécifique de sa démarche. Sébastien Reuzé est un adepte fervent des « erreurs techniques volontaires », jusqu’à faire du flou, de la surexposition, de la radiation, de l’épanchement coloré, du décadrage et des reflets un véritable lexique. Il y a quelque chose d’à la fois toxique et épiphanique dans sa photographie.
Ni Sybren Vanoverberghe ni Sébastien Reuzé ne se soucient que leur travail renvoie à une prétendue objectivité ni à une temporalité réelle. Il n’y a plus dans la représentation que le souci qu’un artefact photographique débouche sur un dialogue optique, une adresse visuelle au regardeur, qui puisse lui offrir une expérience sensorielle et mémorielle forte. Pour KRYZTAL, ils ont tous deux travaillé avec des images de leurs archives qui, détachées de leur histoire et de leur temps, sont devenues « libres » de sens, des signes malléables.
Sybren Vanoverberghe présente ici de nouvelles œuvres, inspirées des Display Screens, des impressions de photographies de végétaux et de débris industriels sur d’étroites plaques d’aluminium poli et brossé. Il s’agit presque de sculptures photographiques, tous équivalents et similaires, qui deviennent les repères et les étalons visuels d’une expérience de l’espace. La lumière joue sur ces surfaces brillantes et réfléchissantes, induit des effets visuels inattendus, qui rendent visible l’image, qui la masquent, qui obligent le·a visiteureuse à se déplacer. C’est une véritable installation performative que déploie Sybren Vanoverberghe, qui n’est pas sans évoquer les expériences spatiales de l’art minimal américain, les sculptures de néons de Dan Flavin en particulier, dans lesquelles les œuvres et les visiteureuses devenaient les éléments neutres d’un même espace à l’échelle du corps. À ces modules qui rythment l’espace, Sébastien Reuzé répond par une série d’images d’abstractions (2002-2020), résultat de prises de vue analogiques imprimées sur du papier photosensible manipulé. Petites, seulement fixées par un adhésif, ces photographies sont des ponctuations chatoyantes sur les murs.
Contrepoints légers, colorés et chatoyants à la densité et à l’échelle des pièces de Sybren Vanoverberghe, toutes ces œuvres sont des signes abstraits qui partagent la même origine d’un geste photographique. Tout au long de leur parcours, les visiteureuses sont accompagné.e.s par un son de plus en plus puissant de rave party, de pétards et d’explosions. L’exposition s’achève dans une salle tapissée en noir, où est présentée la vidéo Mascletà, réalisée par Sébastien Reuzé à Valence, en Espagne. Chaque année, à la période du carnaval, la ville de Valence vit au rythme des Fallas, période de liesse qui s’achève par d’immenses lancers de pétards et de feux d’artifice. La ville est assourdie et le ciel saturé de fumées, les foules déambulent, électrisées par les débordements phoniques et visuelles. Sébastien Reuzé a laissé libre cours à son émerveillement et a filmé ces traces immatérielles laissées par les sources lumineuses mobiles, ces dessins éphémères dans la matière lumière du ciel.
Le·a visiteureuse est invité·e à s’abandonner à ce spectacle cosmique, dans un rythme suspendu, dans les rebonds et les ricochets de la lumière de la vidéo à la surface des modules de Sybren Vanoverberghe.
Olivier Grasser
English
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After the exhibition Agrégat in 2023, Contretype/Centre d’art pour l’image et la photographie contemporaine is continuing its investigations into the exhibition as a model for presenting an artist’s work.
KRYZTAL is neither a solo nor a group exhibition, it does not develop any theme, it is a new invitation to two photographers, Sybren Vanoverberghe and Sébastien Reuzé, to bring their work into dialogue. For Agrégat, the challenge was to invite two artists who didn’t know each other and who have radically opposed photographic approaches to create an aesthetic dialogue. Each artist had to take the risk of decentring his or her own practice.
Sybren Vanoverberghe and Sébastien Reuzé already knew each other. What they have in common is that they were both showed their works at FOMU in Antwerp, Reuzé in 2019 and Vanoverberghe in 2020. Sébastien Reuzé was also invited twice in residency at Contretype and his work is part of the art centre’s collection. Although each is at a different point in their artistic careers, they are both engaged in a search for new spaces for photography. Sybren Vanoverberghe, a young artist from Ghent, is not yet well known for his experimental photo works, but Sébastien Reuzé, who has been based in Brussels since 1993, is better known for his experimental approach that dexterously thwarts the codes of so-called ‘auteur’ photography. KRYZTAL is the choice they have made for a unique wander through photographic territory. Sybren Vanoverberghe’s black and white analogue-based work questions the relativity of photographic representation. He works in series and, whether on landscapes or industrial estates, takes an archaeological look at ruins, natural artefacts and debris, what remains when places have lost their function. He responds to the relativity that is the essence of photography with poetry and aesthetics.
With Conference Of The Birds (2020), he produced a series of desolate, dusty landscapes, empty of human presence, tragic and desolate, sparsely scattered with crumbling earthen walls and dilapidated palm trees. Photographed in white, burning, blinding light, the palm trees, which were the leitmotif of the series, were gradually transformed into graphic signs that seemed to conjure up an abstraction in place of representation. In the Desert Spiral series (2022-2023), relics and building materials, as well as ancient symbols engraved in stone, evoke a mysterious, ageless cosmogony. The foreground gradually occupies the surface of the image, blocking out depth and drawing the eye to the surface.
Sybren Vanoverberghe’s Sandcastles & Rubbish series (2018-2021) is a veritable materiology of metal details and surfaces, bent metal sheets and mineral fragments that evoke something tragic rather than a state of industrial dereliction. Used and discarded materials take on a monumental, sculptural presence that is powerful in its beauty. Abandoned objects and the random shaping of the landscape by erosion have the same character as timeless signs. This visual grammar, which has gradually taken shape, seems to be radically asserted in the recent Display Screens (2022-2024) and Musa (2022-2024) series. The motif is no longer easily identifiable; it is purely an object of photographic vision, holding the entire surface in tension. The black-and-white images are printed on polished or brushed aluminium or brass plates, on which, through reflections and the play of light, the material engulfs the subject.
The eye is drawn between the near and the far, between the distance needed to understand the motif and the contemplation of detail. There is no representation other than a neutral, generic image, almost abstract, that seems frozen and inscribed in the metallic shards and shimmering surfaces. The photos take on a monumental presence, no longer a subject giving them scale but the entirety of a photographic object. They can play with space and sometimes even leave the wall to be presented vertically on the floor. Sybren Vanoverberghe sees her work as a radical equation between photographic vision, light and support. Perhaps this is where his work meets that of Sébastien Reuzé, in Reuzé’s interest for literature : his photographic practice gives industrial accidents and reliefs a poisonous beauty. Sébastien Reuzé continues to play with the elements that make up photography. Working with analogue photography, he uses colours, shapes and materials as words and phrases from his own world and imagination. But all the elements are in tension, and the plastic effect never interferes with the optical intensity. An admirer of American photography, his work unfolds like a visual road-movie, unfolding irrational and hallucinatory narratives and confronting visitors with flashes of reality that are like phantasmagorical mirrors. Sébastien Reuzé is an adventurous photographer. He feeds off the landscapes he visits and the scenes that pass before his eyes, which he records and files in his archives so that, later, he can revisit them, re-colour them and pass them through the prism of his illuminations of his imagination. Colour is central to his vocabulary. Iridescent, saturated, contrasting or flashy, they reflect his own ‘elsewhere’ in changing ways. In his own words, «my images navigate between different interpretations, like a tightrope walker in search of balance». Finally, thwarting the rules and invoking chance is a specific feature of his approach. Sébastien Reuzé is a fervent adept of «deliberate technical errors», to the point of making blur, overexposure, radiation, colour spillover, fading and reflections a veritable lexicon. There is something both toxic and epiphanic about his photography.
Neither Sybren Vanoverberghe nor Sébastien Reuzé care whether their work refers to a supposed objectivity or a real temporality. Their only concern in representation is that a photographic artefact should lead to an optical dialogue, a visual address to the viewer, offering a powerful sensory and memorial experience. For KRYZTAL, they both worked with images from their archives which, detached from their history and their time, became ‘free’ of meaning, malleable signs.
Here, Sybren Vanoverberghe presents new works inspired by Display Screens, prints of photographs of plants and industrial debris on narrow sheets of polished and brushed aluminium. They are almost like photographic sculptures, all equivalent and similar, becoming the visual reference points and yardsticks for an experience of space. The light plays on these shiny, reflective surfaces, inducing unexpected visual effects that make the image visible, mask it, and force the visitor to move.
Sybren Vanoverberghe has created a veritable performative installation, reminiscent of the spatial experiments of American minimal art, particularly Dan Flavin’s neon sculptures, in which the works and the visitors become neutral elements of the same body-sized space. Sébastien Reuzé’s response to these modules that punctuate the space is a series of abstract images (2002-2020), the result of analogue photographs printed on manipulated photosensitive paper. Small, fixed only by adhesive tape, these photographs are shimmering punctuations on the walls.
Light, colourful and shimmering counterpoints to the density and scale of Sybren Vanoverberghe’s pieces, all these works are abstract signs that share the same origin of a photographic gesture. Throughout the exhibition, visitors are accompanied by the increasingly powerful sounds of rave parties, firecrackers and explosions.
The exhibition ends in a black-wallpapered room featuring the video Mascletà, made by Sébastien Reuzé in Valencia, Spain. Every year at carnival time, the city of Valencia lives to the rhythm of the Fallas, a period of jubilation that culminates in huge firework displays. The city is deafened and the sky is saturated with smoke as the crowds wander around, electrified by the visual and auditory outbursts. Sébastien Reuzé gave free rein to his wonder and filmed the immaterial traces left by the moving light sources, these ephemeral drawings in the light of the sky.
Visitors are invited to abandon themselves to this cosmic spectacle, to a suspended rhythm, to the bounces and ricochets of light from the video on the surface of Sybren Vanoverberghe’s modules.
Olivier Grasser
Nederland
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Na de tentoonstelling Agrégat in 2023 zet Contretype/Centre d’Art pour l’Image et la Photographie Contemporaine zijn onderzoek voort naar de tentoonstelling als model voor de presentatie van het werk van een kunstenaar. KRYZTAL is noch een solo- noch een groepstentoonstelling, het ontwikkelt geen thema, het is een nieuwe uitnodiging aan twee fotografen, Sybren Vanoverberghe en Sébastien Reuzé, om hun werk in dialoog te brengen. Voor Agrégat was de uitdaging om twee kunstenaars uit te nodigen die elkaar niet kenden en die radicaal tegengestelde fotografische benaderingen hadden, om een esthetische dialoog tot stand te brengen. Elke kunstenaar moest het risico nemen om zijn of haar eigen praktijk te decentraliseren.
Sybren Vanoverberghe en Sébastien Reuzé daarentegen kennen elkaar al en hebben met elkaar gemeen dat ze allebei al werk getoond hebben in het FOMU in Antwerpen, Reuzé in 2019 en Vanoverberghe in 2020. Hoewel ze elk op een ander punt in hun artistieke carrière staan, zijn ze allebei bezig met een zoektocht naar de mogelijkheden die het medium fotografie te bieden heeft. We weten weinig over het onderzoek dat de Gentse Sybren Vanoverberghe uitvoert op het gebied van de experimentele fotografie, we zijn meer vertrouwd met dat van Sébastien Reuzé, die sinds 1993 in Brussel gevestigd is en een praktijk heeft die de codes van de abstracte fotografie behendig doorkruist.
KRYZTAL is de keuze die ze hebben gemaakt voor een unieke zwerftocht door het abstracte fotografische territorium.
Sybren Vanoverberghe’s zwart-wit werk op aluminium bevraagt de relativiteit van fotografische representatie. Hij werkt in series en werpt, of het nu gaat om landschappen of industrieterreinen, een archeologische blik op ruïnes, natuurlijke artefacten en restanten, wat overblijft wanneer plaatsen hun functie hebben verloren. Hij reageert op de relativiteit die de essentie is van fotografie met poëzie en esthetiek. Met Conference Of The Birds (2020) maakte hij een serie desolate, stoffige landschappen, leeg van menselijke aanwezigheid, tragisch en desolaat, dun bezaaid met afbrokkelende aarde en vervallen palmbomen. Gefotografeerd in wit, brandend, verblindend licht, werden de palmbomen, die het leidmotief van de serie vormden, geleidelijk getransformeerd tot grafische tekens die een abstractie leken op te roepen in plaats van representatie. In de serie Desert Spiral (2022-2023) roepen relikwieën en bouwmaterialen, evenals oude symbolen die in steen zijn gegraveerd, een mysterieuze, tijdloze kosmogonie op. De voorgrond neemt geleidelijk het beeldoppervlak in, waardoor diepte wordt geblokkeerd en het oog naar het beeldoppervlak wordt getrokken.De serie Sandcastles & Rubbish van Sybren Vanoverberghe (2018-2021) is een ware materiologie van metalen details en oppervlakken, gebogen metalen platen en minerale fragmenten die eerder iets tragisch oproepen dan een staat van industrieel verval. Gebruikte en afgedankte materialen krijgen een monumentale, sculpturale aanwezigheid die krachtig is in haar schoonheid. Verlaten voorwerpen en de willekeurige vormgeving van het landschap door erosie hebben hetzelfde karakter als tijdloze tekens. Deze visuele grammatica, die geleidelijk vorm heeft gekregen, lijkt radicaal te worden bevestigd in de recente series Display Screens (2022-2024) en Musa (2023-2024). Het motief is niet langer gemakkelijk te identificeren; het is puur een object van fotografische visie, dat het hele oppervlak in spanning houdt. De zwart-wit beelden zijn afgedrukt op gepolijste of geborstelde aluminium of messing platen, waarbij het materiaal door reflecties en lichtspel het onderwerp opslokt. Het oog focust tussen dichtbij en veraf, tussen de afstand die nodig is om het motief te begrijpen en tot de beschouwing van het detail. Er is geen andere voorstelling dan een neutraal, generiek beeld, bijna abstract, dat bevroren en ingeschreven lijkt in de metalen scherven en glinsterende oppervlakken.
De foto’s krijgen een monumentale aanwezigheid, het is niet langer het onderwerp dat hen schaal geeft, maar het geheel van een fotografisch object. De werken spelen met ruimte en verlaten zelfs soms de muur om verticaal op de vloer gepresenteerd te worden. Sybren Vanoverberghe ziet zijn werk als een radicale vergelijking tussen het fotografische beeld, visie, licht en de drager. Misschien is dit waar zijn werk dat van Sébastien Reuzé ontmoet, in Reuzé’s interesse in literatuur: zijn fotografische praktijk verleent industriële ongelukken en reliëfs een giftige schoonheid.
Sébastien Reuzé blijft spelen met de elementen waaruit fotografie in oorsprong bestaat. Hij werkt met analoge fotografie en gebruikt kleuren, vormen en materialen als woorden en zinnen uit zijn eigen wereld en verbeelding. Alle elementen zijn in spanning en het plastische effect verstoort nooit de optische intensiteit. Als bewonderaar van de Amerikaanse fotografie ontvouwt zijn werk zich als een visuele roadmovie, waarin irrationele en hallucinerende verhalen zich ontvouwen en bezoekers worden geconfronteerd met flitsen van de werkelijkheid als fantasmagorische spiegels. Sébastien Reuzé is een avontuurlijke fotograaf. Hij voedt zich met de landschappen die hij bezoekt en de scènes die aan zijn ogen voorbijtrekken. Hij legt ze vast en slaat ze op in zijn archief, zodat hij ze later opnieuw kan bekijken, ze opnieuw kan inkleuren en ze door het prisma van zijn verbeeldingskracht kan plaatsen. Kleur staat centraal in zijn vocabularium. Iriserend, verzadigd, contrasterend of flitsend, ze weerspiegelen zijn eigen ‘elders’ op wisselende manieren. In zijn eigen woorden: «mijn beelden laveren tussen verschillende interpretaties, als een koorddanser op zoek naar evenwicht». Tot slot is het dwarsbomen van de regels en het inroepen van het toeval een specifiek kenmerk van zijn benadering. Sébastien Reuzé is een fervent adept van «opzettelijke technische fouten», zozeer zelfs dat hij van onscherpte, overbelichting, straling, kleurverloop, vervaging en reflecties een waar lexicon maakt. Zijn fotografie heeft iets giftigs en tegelijk epifanisch. Noch Sybren Vanoverberghe noch Sébastien Reuzé maakt het uit of hun werk verwijst naar een vermeende objectiviteit of een echte tijdelijkheid. Hun enige zorg bij representatie is dat een fotografisch artefact moet leiden tot een optische dialoog, een visueel aanspreken van de kijker, die een krachtige zintuiglijke en herinneringservaring biedt. Voor KRYZTAL werkten ze beiden met beelden uit hun archieven die, losgemaakt van hun geschiedenis en hun tijd, ‘vrij’ werden van betekenis, zoals kneedbare tekens.
Hier presenteert Sybren Vanoverberghe nieuwe werken geïnspireerd op zijn Display Screen reeks, afdrukken van foto’s van planten en industrieel afval op smalle platen gepolijst en geborsteld aluminium. Het zijn bijna fotografische sculpturen, allemaal gelijkwaardig en gelijkaardig, die de visuele referentiepunten en maatstaven worden voor een ervaring van de ruimte. Het licht speelt op deze glanzende, reflecterende oppervlakken en veroorzaakt onverwachte visuele effecten die het beeld zichtbaar maken, maskeren en de bezoeker dwingen om te bewegen. Sybren Vanoverberghe heeft een echte performatieve installatie gecreëerd, die doet denken aan de ruimtelijke experimenten van de Amerikaanse minimal art, met name de neonsculpturen van Dan Flavin, waarin de werken en de bezoekers neutrale elementen worden van dezelfde ruimte ter grootte van een lichaam. Het antwoord van Sébastien Reuzé op deze modules die de ruimte onderbreken is een serie abstracte beelden (2002-2020), het resultaat van analoge foto’s die zijn afgedrukt op gemanipuleerd lichtgevoelig papier. Deze foto’s zijn klein en worden bevestigd met plakband, ze vormen glinsterende punctuaties op de muren.
Lichte, kleurrijke en glinsterende contrapunten van de dichtheid en schaal tot de werken van Sybren Vanoverberghe. Het zijn abstracte tekens die dezelfde oorsprong van een fotografisch gebaar delen. Doorheen de tentoonstelling worden bezoekers begeleid door de steeds krachtigere geluiden van rave party’s en explosies.
De tentoonstelling eindigt in een zwart behangen zaal met de video Mascletà, gemaakt door Sébastien Reuzé in Valencia, Spanje. Elk jaar tijdens carnaval leeft de stad Valencia op het ritme van de Fallas, een periode van jubel die eindigt met enorme vuurwerkshows. De stad is doof en de lucht is verzadigd van rook terwijl de menigte ronddwaalt, geëlektriseerd door de visuele en auditieve uitbarstingen. Sébastien Reuzé liet zijn verwondering de vrije loop en filmde de immateriële sporen die de bewegende lichtbronnen achterlieten, deze vluchtige tekeningen in het licht van de hemel.
De bezoeker wordt uitgenodigd om zich over te geven aan dit kosmische spektakel, in een opgeschort ritme, in de kaatsingen en ricochets van het videolicht op het oppervlak van de modules van Sybren Vanoverberghe.
Olivier Grasser
Biographie
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Sybren Vanoverberghe (né en 1996, BE) vit et travaille en Belgique. Il a obtenu sa maîtrise en beaux-arts à l’École des arts - KASK à Gand (BE). Il s’engage dans la photographie en utilisant diverses techniques d’impression, des installations, des structures et des objets découverts dans sa pratique artistique.
Ses créations capturent des paysages et leurs vestiges dans un état perpétuel de transformation, révélant l’interaction complexe entre le lieu et le temps. À travers ses œuvres, Sybren Vanoverberghe explore la convergence de l’histoire, de la nature et du patrimoine, présentant aux spectateurs un dialogue visuel qui s’étend à la fois aux ruines historiques et aux lieux communs. Son art remet en question les notions établies en juxtaposant des structures actuelles à ce qui pourrait être interprété comme des artefacts d’un futur envisagé. Ses œuvres possèdent une qualité anachronique prononcée, certaines images représentant une époque révolue qui n’a jamais vraiment existé.
Dans ses monographies, il se penche souvent sur la nature cyclique de sites spécifiques, transcendant leur contexte géographique d’origine. Son travail suscite des interrogations spéculatives qui traversent le temps, oscillant entre le passé et le futur avec la même résonance. Une tension perpétuelle imprègne l’œuvre de Sybren Vanoverberghe, invitant à la contemplation de la double nature des images - qu’il s’agisse de les accepter comme des documents historiques ou de rejeter celles qui semblent présager un avenir encore à venir.
Sybren Vanoverberghe a récemment exposé en solo à Stieglitz19, Deweer Gallery, Keteleer Gallery (BE) et à De Brakke Grond, Amsterdam (NL), Barbé Gallery, Gand (BE), Ontsteking, Gand, (BE).
Parmi les expositions de groupe, citons Breda Photo, Breda (NL) ; FoMu, Anvers (BE) ; The Cultural Centre of Yangzhou, China (CN) ; Krasj6, Ninove (BE). Ses œuvres ont été exposées dans diverses foires telles que The Unseen Photo Fair, Amsterdam (NL) ; Art Antwerp (BE) et Art Brussels (BE).
Ses œuvres sont publiées dans des livres d’artiste tels que 2099 (2018), Conference Of The Birds (2019), 1099 (2020), Sandcastles and Rubbish (2021), Desert Spiral (2023) par Art Paper Editions (BE). Il a collaboré avec la marque de mode Ann Demeulemeester et le groupe de musique belge Whispering Sons.
Parmi ses autres publications figurent Photoworks UK, De Tijd, De Volkskrant, le PHMuseum et De Standaard. Il a été récompensé par la Fondation Mathilde Horlait Dapsens. Ses œuvres font partie de la collection du gouvernement flamand - Photomuseum d’Anvers (BE).
www.sybrenvanoverberghe.com
Biographie
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Après une formation en dessin, Sébastien Reuzé s’est tourné vers la photographie, qu’il a étudiée à La Cambre (Bruxelles), et dont il a fait son médium de prédilection. Sa pratique, multiforme, combine différentes disciplines telles que l’installation et la vidéo, mais c’est généralement de la photographie que partent ses affinités exploratoires.
De longues heures passées dans la chambre noire lui permettent d’expérimenter et de cultiver le potentiel pictural de la photographie. Il en résulte des œuvres dont les tons irréels renvoient à une dimension onirique et à la nature profondément contemplative de l’artiste. Elles déploient son univers esthétique marqué par la photographie américaine, les grands voyages et road trips, les romans de Ballard, Camus ou Conrad. Elles sont également imprégnées de la culture ensoleillée, de la lumière intense dans laquelle il a grandi sur la Côte d’Azur.
Qu’elles reflètent un moment intime, une sensation, un paysage, chacune des œuvres de Sébastien Reuzé s’attache à déréaliser le réel, à le faire basculer dans la fiction. Parfois même, elles s’émancipent complètement du registre de l’image pour frôler l’abstraction. En s’autorisant toutes ces libertés formelles, l’artiste ouvre le champ des interprétations à l’infini.
Son travail a fait l’objet d’expositions en Belgique et à l’étranger dont 3 expositions à Contretype : Recyclart (exposition collective) in 2000, Constellation en 2003 et Intime et Universel en 2010, Impression Remains, The Finnish Museum of Photography (FIN, 2022), La Photographie à l’Épreuve de l’Abstraction, CPIF + Frac Haute Normandie (F, 2020), Hotel Solaire, FOMU, Antwerpen (B, 2019), RISING SUNSET, Galerie Catherine Bastide (2017), CAMERA(AUTO)CONTROL, Centre de La Photographie de Genève (CH, 2016) ; Magic and Power, Marta Herford Museum, Herford (D, 2016) ; Le Morning, Etablissements d’En Face, Bruxelles (B, 2015) ; Dark Rising Sun, De La Charge, Bruxelles (B, 2015) ; Le Centre du Monde, FRAC Bretagne, Rennes (F, 2014) ; 3 + 3 font. ..., Centre Photographique d’Île-de-France, Pontault- Combault (F, 2005) ; Sébastien Reuzé, La Criée Centre d’Art Contemporain, Rennes (F, 2003).
Le travail de Sébastien Reuzé a été maintes fois récompensé : Programme Hors les Murs de l’Institut Français (2011), Prix de la Jeune Création Belge (2005), Résidence du Centre Photographique d’Île de France (2005 + 2020)...
L’édition est une part importante de son travail : Colorblind Sands, 2018 (éd. APE), Indian Springs, 2016 (éd. Centre de la Photographie -Genève), Wavelengths of Light, 2010 (éd. Contretype), Numéristique, 2009 (éd. La Lettre Volée), Constellations, 2002 (éd. La Lettre Volée).
Sébastien Reuzé est également co-créateur de l’avatar-éditeur Herman Byrd avec Erwan Mahéo et Margaux Schwartz.
sebastienreuze.net