EN / NL

CYRIL ALBRECHT
Empire hydraulique

26 janvier - 13 mars 2022

Empire hydraulique

D’ici un siècle, les Etats-Unis seront devenus un Empire tel que le monde n’en a encore jamais connu… Dans l’Ouest, aujourd’hui aride et désert, se déploiera une population digne de l’Empire aztèque. L’irrigation est la baguette magique qui fera advenir ces grands changements.” 
John W. Noble, Ministre de l’Intérieur, 1893

J’ai toujours été irrésistiblement attiré par l’Ouest Américain, son impression d’espace quasi magnétique. Or, il est impossible de ne pas être marqué par le manque évident d’eau, les kilomètres de paysages poussiéreux, rocailleux, de part et d’autre de la route.

Ainsi caractérisé par l’aridité, comment l’Ouest a-t-il pu donner naissance à des villes tentaculaires – Los Angeles, Phoenix, Las Vegas – et comment est-il devenu l’épicentre de la technologie, du divertissement, ainsi qu’une source majeure de produits agricoles, en bref une part essentielle de la puissance américaine?

Empire hydraulique est un projet de long terme, initié en 2018 et couvrant une douzaine d’états américains. Il tente d’explorer le passé, le présent et le futur de ce qui est sans doute le plus ambitieux projet de civilisation semi-désertique de notre histoire.

Depuis 1902, et la mise en œuvre du Reclamation Act, l’ambition féroce de dominer les forces géologiques et hydrologiques d’une région vaste comme l’Union européenne a donné naissance à une infrastructure de manipulation et de contrôle de l’eau à une échelle encore jamais connue: plus de 12 000 barrages, des milliers de kilomètres de canaux, franchissant parfois littéralement des montagnes grâce à d’énormes stations de pompage. 

 
 

Le projet évoque certains de ces sites les plus emblématiques ainsi que la «civilisation de l’oasis» qu’ils ont rendue possible, mais dévoile aussi, au-delà des simples prouesses d’ingénierie, les traces d’une histoire faite de controverses et de conflits, de conséquences sociales et de dégâts pour l’environnement. 
Il s’efforce aussi de porter un regard lucide sur les perspectives futures d’une telle construction, fruit d’un esprit de défi mais aussi de déni, et de mettre en lumière ses fragilités dans un monde de plus en plus marqué par le changement climatique.
L’Ouest a pris conscience de ces vulnérabilités et s’est employé à endiguer cette soif insatiable par l’innovation technologique ou des politiques de préservation de l’eau, mais la question reste posée: cela suffira-t-il? 

Parcourir cet empire hydraulique est pour moi l’occasion de creuser deux sillons photographiques qui me sont chers: la tension qui existe souvent, au cœur du paysage, entre le naturel et le construit; d’autre part, la capacité des images à évoquer - au delà de la présence implacable du présent - des fragments d’histoire, notamment à travers les traces, artefacts ou autres «blessures» du terrain. 

Le recours à des tirages à grande échelle – au caractère délibérément immersif – s’est imposé naturellement, en écho à l’immensité des espaces rencontrés, mais aussi en raison de mon désir de tirer pleinement parti de la limpidité, de la précision de détails, que permet le médium photographique.
Enfin, en continuité avec mes travaux antérieurs, j’ai parfois opté pour des prises de vue aériennes – effectuées à haute altitude en avion monomoteur – qui permettent de dévoiler des perspectives, un espace ou une structure invisibles à hauteur d’homme, même si, inévitablement, elles effacent aussi d’autres détails perceptibles au niveau du sol.

Cyril Albrecht

Website: www.cyrilalbrecht.com

© Cyril ALBRECHT, série Empire hydraulique, Edmonston Pumping Plant and California Aqueduct, California, 2019, 39 x 52 cm  / © Cyril ALBRECHT, série Empire hydraulique, Hills, Mendocino Complex Fire, California, 2019, 148 x 197 cm / © Cyril ALBRECHT, série Empire hydraulique, Carlsbad State Beach, California, 2020, 148 x 197 cm 

Cyril Albrecht
Empire hydraulique


Édition à compte d’auteur, 2020. 
Graphisme Matthieu Litt.
Texte en anglais,
format: 39 x 31,5 cm, 64 pages,
43 photographies en couleurs, impression en quadrichromie, couverture souple. 

25 €